L’écharde dans la chair – 13

L’écharde dans la chair – 13

L’écharde dans la chair – 13

Jean-François Noel

Eloge de la sainteté ordinaire – XIII

Que nous nous décidions – à devenir ce que nous avons à être – ici et maintenant, ou dans trois heures, ou juste avant notre mort, de toute manière, il faudra nous décider. L’appel de Dieu retentira à toutes les oreilles, que nous le voulions ou non, nous allons tous y passer. Nous ne deviendrons pas de petits dieux. Dieu restera Dieu, c’est mieux pour vous et pour moi. Mais devenir ce que je ne suis pas encore et que je dois être, et que je commence à être quand je suis avec Toi et que Tu es avec moi, est le plus bel hommage que Dieu rend à l’humanité: qu’elle aille au bout d’elle-même.

Et cet appel, tout singulier et intime qu’il est, ne recevra sa pleine validité que parce qu’il est envoyé à chacun et que chacun y aura répondu. On ne répond pas pour soi-même. Car la sainteté est toujours ignorée du saint. Elle n’a donc d’effet que pour l’autre, le prochain, du garagiste à mes frères paroissiens. Mon oui incite leur oui et vice et versa. C’est en ce sens que la charité est contagieuse… ou qu’elle n’est pas. Mais nous avons tous droit aux balbutiements et aux ratages, bref: aux exercices d’entraînement. Quand tu dis amen à ce que tu reçois, tu dis amen à ce que tu es, écrit saint Augustin.

Le moindre amen mal murmuré compte quand même. Ajouté à tous les autres oui de charité, il finira par jouer en notre faveur au jour du dernier oui. Et même si nos propres oui ne suffisent pas, nous pouvons compter sur ceux des autres et plus spécialement les oui des plus petits d’entre nous. Justement les saints, les grands…

Jean-François Noel, L’écharde dans la chair – Eloge de la sainteté ordinaire (Desclée de Brouwer, 2011)

image: Duccio di Buoninsegna, La transfiguration (nationalgallery.org.uk)

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