Vous verrez le ciel ouvert – 51

Vous verrez le ciel ouvert – 51

Vous verrez le ciel ouvert – 51

Vous verrez le Ciel ouvert – LI

Les entretiens de Charles Journet

Personne ne sera sauvé qu’il n’ait été touché secrètement, mystérieusement, par un rayon tombé de la Croix rédemptrice du Christ. Mais ici se posent les suprêmes questions: celles des êtres qui vivent et meurent dans une nuit totalement impénétrable, nous semble-t-il, à la lumière divine. Où chercher une réponse? C’est vers Jacques Maritain que nous regarderons. Bienheureux sont les saints, ils sont persécutés à cause de la justice qui nous rend fils adoptifs de Dieu, ils ont ce qu’ils ont voulu. Mais les autres? Mais les tout à fait abandonnés?

Je ne parle pas de ceux qui, par toute l’Europe, ont agonisé dans les prisons et dans les camps, ont été fusillés comme otages, ont péri dans les tortures, parce qu’ils avaient résolu de tenir tête aux vainqueurs: ceux-là savaient pourquoi ils souffraient et pourquoi ils mouraient. Ils avaient voulu la lutte et la résistance, ils ont donné leur vie pour la liberté, pour la patrie, pour la dignité humaine. Je parle de tant de pauvres êtres qui n’avaient rien fait que leur humble besogne ordinaire, et sur lesquels, en un instant, la mort s’est jetée comme une bête. Certains faits qui ont eu lieu au cours de la seconde guerre mondiale illustrent terriblement ce que je voudrais essayer de dire. Souvenons-nous de la population massacrée du village de Lidice, des femmes et des enfants mitraillés et brûlés vifs à Oradour, de ces juifs recrus de fatigue qui, après des semaines de marche sanglante, arrivés à Buchenwald, allaient se coucher eux-mêmes sur les marches du four crématoire; et des malheureux qu’on a fait périr de faim dans les trains plombés. Où était la consolation de ces innocents persécutés?

Le grand troupeau des vrais misérables, des morts sans consolation, comment Jésus n’aurait-Il pas soin de ceux qui portent cette marque-là de Son agonie? Comment leur délaissement même ne serait-il pas la signature de leur appartenance au Sauveur crucifié, et un titre suprême à Sa miséricorde? Au détour de la mort, dans l’instant qu’ils passent de l’autre côté du voile, et que l’âme va quitter une chair dont le monde n’a pas voulu, n’a-t-Il pas le temps de leur dire encore: Tu seras avec Moi en Paradis? Il n’y a pas de signes pour eux, l’espérance pour eux est aussi dénudée qu’eux-mêmes; pour eux, jusqu’à l’extrême limite, rien, même du côté de Dieu, n’a lui aux yeux des hommes. C’est dans le monde invisible au-delà de tout le terrestre, que le Royaume de Dieu est donné à ces persécutés, et que tout devient leur.

Il n’y a pas de limites aux exigences de Dieu à l’égard de Ses plus proches amis quand ils désirent entrer dans la passion rédemptrice de Son Fils bien-aimé, mais elle est plus illimitée encore, elle est proprement infinie, la tendresse qu’en réponse à leur supplication Il fait descendre sur le monde pour y sauver, partout où il n’y a pas refus ou malice, tout ce qui peut s’y trouver de pure méconnaissance ou de pure misère.

Charles Journet, Entretiens sur la Rédemption / extraits (Parole et Silence, 2005)

image: Chartreuse de la Valsainte, Charmey / Suisse (acustica-godel.ch)

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