Pape François
Seigneur, apprends-nous à prier – XXXVI
Jésus n’est pas un Dieu lointain, et il ne peut pas l’être. L’incarnation l’a révélé de manière accomplie et humainement impensable. Ainsi, en inaugurant sa mission, Jésus se met à la tête d’un peuple de pénitents, comme s’il se chargeait d’ouvrir une brèche à travers laquelle nous tous, après Lui, nous devons avoir le courage de passer. Mais la route, le chemin est difficile; mais Lui avance, en ouvrant le chemin. Ce jour-là, sur les rives du fleuve Jourdain, il y a donc toute l’humanité, avec ses aspirations inexprimées de prière. Il y a surtout le peuple des pécheurs: ceux qui pensaient ne pas pouvoir être aimés par Dieu, ceux qui n’osaient pas aller au-delà du seuil du temple, ceux qui ne priaient pas parce qu’ils ne s’en sentaient pas dignes. Jésus est venu pour tous, même pour eux, et il commence précisément en s’unissant à eux, comme un chef de file.
L’Evangile de Luc souligne en particulier le climat de prière dans lequel a eu lieu le baptême de Jésus: «Or quand tout le peuple eut été baptisé et au moment où Jésus, baptisé lui aussi, se trouvait en prière, le ciel s’ouvrit. L’Esprit Saint, sous une apparence corporelle, comme une colombe, descendit sur Jésus, et il y eut une voix venant du ciel: Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie (Lc 3, 21-22). Cette simple phrase contient un immense trésor: elle nous fait comprendre quelque chose du mystère de Jésus et de Son cœur toujours tourné vers le Père. Dans le tourbillon de la vie et du monde qui arrivera à Le condamner, même dans les expériences les plus dures et les plus tristes qu’Il devra supporter, même quand Il fait l’expérience de ne pas avoir de place où poser la tête (cf. Mt 8, 20), également quand autour de Lui se déchaînent la haine et la persécution, Jésus ne reste jamais sans le refuge d’une demeure: il habite éternellement dans le Père.
Voilà la grandeur unique de la prière de Jésus: l’Esprit Saint prend possession de Sa personne et la voix du Père atteste qu’Il est le Bien-Aimé, le Fils dans lequel Il se reflète pleinement. Cette prière de Jésus, qui sur les rives du fleuve Jourdain est totalement personnelle – et il en sera ainsi pendant toute Sa vie terrestre -, lors de la Pentecôte deviendra par grâce la prière de tous les baptisés dans le Christ. Il a Lui-même obtenu ce don pour nous, et Il nous invite à prier comme Il priait. C’est pourquoi, si un soir de prière nous nous sentons faibles et vides, s’il nous semble que notre vie a été entièrement inutile, nous devons en cet instant supplier que la prière de Jésus devienne aussi la nôtre. Je ne peux pas prier aujourd’hui, je ne sais pas quoi faire: je ne m’en sens pas capable, je suis indigne, indigne. A ce moment-là, il faut s’en remettre à Lui pour qu’il prie pour nous. Lui, à ce moment-là, est devant le Père en train de prier pour nous, Il est l’intercesseur; Il fait voir pour nous, Ses plaies au Père.
Ayons confiance en cela! Si nous avons confiance, alors nous entendrons une voix du ciel, plus forte que celle qui monte des bas-fonds de nous-mêmes, et nous entendrons cette voix murmurer des paroles de tendresse: Tu es le bien-aimé de Dieu, tu es le fils, tu es la gloire du Père des cieux. C’est précisément pour nous, pour chacun de nous que retentit la parole du Père: même si nous étions refusés par tous, si nous étions des pécheurs de la pire espèce. Jésus ne descendit pas dans les eaux du Jourdain pour Lui-même, mais pour nous tous. C’était tout le peuple de Dieu qui s’approchait du Jourdain pour prier, pour demander pardon, pour faire ce baptême de pénitence. Et comme le dit un théologien, Il s’approchait du Jourdain l’âme nue et les pieds nus. Voilà ce qu’est l’humilité. Pour prier, il faut de l’humilité. Il a ouvert les cieux, comme Moïse avait ouvert les eaux de la mer Rouge, pour que nous puissions tous passer derrière Lui. Jésus nous a offert Sa propre prière, qui est Son dialogue d’amour avec le Père. Il nous l’a offert comme une semence de la Trinité, qui veut s’enraciner dans notre cœur. Accueillons-la! Accueillons ce don, le don de la prière. Toujours avec Lui. Et nous ne nous tromperons pas.
Pape François, Catéchèse: Jésus homme de prière / extraits (w2.vatican.va)
image: Eglise Sainte Thérèse, Genève / Suisse (2014)



