Seigneur, apprends-nous à prier – 52

Seigneur, apprends-nous à prier – 52

Seigneur, apprends-nous à prier – 52

Pape François

Seigneur, apprends-nous à prier – LII

Celui qui prie ne laisse jamais le monde derrière lui. Si la prière ne recueille pas les joies et les douleurs, les espérances et les angoisses de l’humanité, elle devient une activité décorative, une attitude superficielle, de théâtre. Nous avons tous besoin d’intériorité: de nous retirer dans un espace et dans un temps consacré à notre relation avec Dieu. Mais cela ne veut pas dire fuir la réalité. Dans la prière, Dieu nous prend, nous bénit, et ensuite nous fractionne et nous donne, pour la faim de tous. Chaque chrétien est appelé à devenir, entre les mains de Dieu, pain rompu et partagé. C’est-à-dire une prière concrète, qui n’est pas une fuite.

Ainsi, les hommes et les femmes de prière cherchent la solitude et le silence, non pour ne pas être dérangés, mais pour mieux écouter la voix de Dieu. Parfois, ils se retirent du monde, dans le secret de leur chambre, comme le recommandait Jésus (cf. Mt 6, 6), mais, où qu’ils soient, ils gardent la porte de leur cœur toujours ouverte: une porte ouverte pour ceux qui prient sans savoir qu’ils prient; pour ceux qui ne prient pas du tout, mais qui portent en eux un cri étouffé, une invocation cachée; pour ceux qui se sont trompés et qui ont perdu leur chemin… Quiconque peut frapper à la porte d’un orant et trouver en lui ou en elle un cœur plein de compassion, qui prie sans exclure personne. La prière est notre coeur et notre voix, et elle devient le coeur et la voix de tant de personnes qui ne savent pas prier ou qui ne prient pas, qui ne veulent pas prier ou qui n’ont pas la possibilité de prier: nous sommes le cœur et la voix de ces personnes qui s’élèvent vers Jésus, qui s’élèvent vers le Père, comme des intercesseurs. Dans la solitude, celui qui prie – que ce soit la solitude d’un long moment ou la solitude d’une petite demi-heure – se sépare de tout et de tous pour retrouver tout et tous en Dieu. Ainsi, l’orant prie pour le monde entier, en portant sur ses épaules les douleurs et les péchés. Il prie pour tous et pour chacun: c’est comme s’il était une antenne de Dieu dans ce monde. Dans chaque pauvre qui frappe à la porte, dans chaque personne qui a perdu le sens des choses, celui qui prie voit le visage du Christ.

Intercéder, demander en faveur d’un autre, est le propre d’un cœur accordé à la miséricorde de Dieu. Cela est très beau. Quand nous prions, nous sommes en harmonie avec la miséricorde de Dieu: miséricorde à l’égard de nos péchés – Lui qui est miséricordieux avec nous – mais également miséricorde à l’égard de tous ceux qui ont demandé de prier pour eux, pour qui nous voulons prier en harmonie avec le coeur de Dieu. C’est la vraie prière. Dans le temps de l’Eglise, l’intercession chrétienne participe à celle du Christ: elle est l’expression de la communion des saints.

La prière à l’homme à cœur. Simplement l’homme. Celui qui n’aime pas son frère ne prie pas sérieusement. On peut dire que dans un esprit de haine, on ne peut pas prier; dans un esprit d’indifférence, on ne peut pas prier. La prière ne se donne que dans un esprit d’amour. Celui qui n’aime pas fait semblant de prier, ou bien il croit prier, mais il ne prie pas, car manque précisément l’esprit qui est l’amour. Dans l’Eglise, celui qui connaît la tristesse ou la joie de l’autre va plus en profondeur que celui qui enquête sur les grands systèmes. C’est pour cette raison qu’il y a une expérience de l’humain dans chaque prière, parce que les personnes, pour autant qu’elles puissent commettre des erreurs, ne doivent jamais être rejetées ou exclues.

Pape François, Catéchèse: La prière d’intercession – I / extraits (w2.vatican.va)

image: Eglise Sainte Thérèse, Genève / Suisse (2014)

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