Chemins de traverse – 309 / Dante Alighieri

Chemins de traverse – 309 / Dante Alighieri

Chemins de traverse – 309 / Dante Alighieri

Dante Alighieri

Vierge mère, fille de ton fils, humble et haute plus que créature, terme arrêté d’un éternel conseil, tu es celle qui a tant anobli notre nature humaine, que son créateur daigna se faire créature. Dans ton ventre l’amour s’est rallumé par la chaleur de qui, dans le calme éternel, cette fleur ainsi est éclose. Ici tu es pour nous la torche méridienne de charité, en bas chez les mortels tu es source vivace d’espérance.

Dame, tu es si grande et de valeur si haute que qui veut une grâce et à toi ne vient pas, il veut que son désir vole sans ailes. Ta bienveillance répond non seulement à celui qui demande, mais souvent elle devance librement la demande. En toi miséricorde, en toi pitié, en toi magnificence, en toi s’assemble tout ce qui est bonté en créature.

Or celui-ci, qui du fond de l’abîme de l’univers jusqu’ici a vu les vies spirituelles, une à une, implore de toi par grâce d’avoir la force de pouvoir se lever dans son regard plus haut, vers l’ultime salut. Et moi, qui jamais ne brûlai pour ma vue plus que je ne fais pour la sienne, je te prie, et mes prières ne soient insuffisantes, que tu le délies de tout nuage de sa mortalité par tes prières, afin que s’ouvre à lui la joie suprême. Encore je te prie, reine qui peux ce que tu veux, que tu conserves saines, après qu’il aura vu, ses affections. Que ta garde vainque les mouvements humains: vois Béatrice et tant de bienheureux joignant les mains vers toi pour mes prières!  

Dante, La Divine Comédie / Le paradis, extrait (coll. GF/Flammarion, 2010)

image: Filippo Lippi, Blessed Virgin Appearing to St. Bernard / 1447 – National Gallery, London (imaginemdei.blogspot.com)

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