Morceaux choisis – 984 / Michel Aupetit

Morceaux choisis – 984 / Michel Aupetit

Morceaux choisis – 984 / Michel Aupetit

Michel Aupetit

Le Seigneur est lucide sur la condition humaine toujours insatisfaite! Jean-Baptiste est un ascète, et on le traite de possédé. Jésus mange et bois et c’est un glouton et un ivrogne. Mais quelle est donc l’explication de ce cœur partagé? Quelle compréhension de cette frustration permanente de notre humanité? Eh bien, Jésus ne répond pas à cette question. Il se contente de parler de la sagesse de Dieu. Cette sagesse de Dieu qui va désigner Jean-Baptiste comme le plus grand des enfants des hommes; ett qui va Le désigner, Lui Jésus, comme Son Fils bien-aimé.

C’est vrai que nous essayons souvent de plaire aux hommes. En essayant de dépasser leurs contradictions. En particulier quand il s’agit de gagner leur suffrage comme on le voit au moment des élections. Eh bien, ce n’est pas ce que fit Jésus. Jésus n’est pas un politique qui essayerait de naviguer habilement entre les membres de la famille des grands prêtres, deses Saducéens, et puis des Pharisiens rigoureux et légalistes. S’il avait été politique, Il s’en serait mieux sorti? Non! Jésus est libre. L’amour rend libre. L’amour rend libre, mais l’amour fait prendre des risques. Risque d’aller manger chez les pécheurs: chez Zachée, chez Matthieu et sa bande… Pourquoi ce risque? Pour les sauver. Risque de se laisser laver les pieds par une femme de mauvaise vie, chez un notable. Pourquoi? Pour la sauver. Risque de révéler Son identité divine en pardonnant à un paralytique qui ne venait que pour être guéri. Pourquoi? Pour le sauver. Risque de parler à une femme, seul à seule, une étrangère, une Samaritaine. Pourquoi? Pour la sauver, elle et son peuple. Risque d’ouvrir le Ciel à un brigand crucifié à Ses côtés. Pourquoi? Pour le sauver. 

C’est un scandale! Ah oui c’est un scandale, dites-vous. Mais oui, mais l’amour est un risque, un risque permanent. Si nous restons barricadés dans les principes de précaution spirituelle, la question sera de savoir si nous aimons vraiment, si nous aimons comme Jésus. Hier, j’ai perdu ma vie par amour du Christ quand je suis entré au séminaire. Aujourd’hui, je perds ma vie par amour du Christ! Demain, je perdrai encore ma vie par amour du Christ. Car je me souviens de cette parole du Seigneur: Celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la trouvera. (Mt 16, 25)

L’amour est ordonné au salut. Nous ne sommes là, que pour manifester ce salut offert par Notre Seigneur Jésus Christ. Et nous devons prendre le risque d’aimer comme Jésus pour ouvrir tous nos frères au salut qu’Il offre. Mais la seule question qui se pose, c’est: Croyons-nous au salut? Croyons-nous vraiment à la vie éternelle? Sommes-nous persuadés que Dieu va venir, que Dieu va nous combler, que Dieu voit plus loin que nous? Les chrétiens, tous les chrétiens savent qu’ils ont un avenir, que leur vie ne finit pas dans le néant. La seule question: est-ce que j’ai la passion de l’éternité? Quels sont mes rêves, mes horizons? Serait-ce la réussite professionnelle, la carrière? Un amour humain épanoui? Une santé parfaite? Oh, tout cela, ce sont de bonnes choses en effet, mais nous le savons – il suffit de regarder le monde -, bien peu de gens y accèdent finalement. Et puis ceux qui y accèdent se trouvent confrontés ultimement à cette question de la mort qui nous fait poser nécessairement la question: à quoi bon?

A quoi bon? Mais ce goût d’inachevé nous ouvre à une espérance: le Christ a suivi notre chemin. Il est descendu, jusque dans le Royaume de la mort, et l’a vaincue. Ce Messie attendu – mais décevant pour ceux qui l’attendaient seulement pour ce monde-ci -, a fait resplendir Sa Résurrection, nous a ouvert un avenir, nous fait entrer dans l’éternité. Avec lui s’est ouvert un passage et c’est cette espérance qui est la caractéristique des croyants. Et cette espérance ne nous fait pas fuir le monde, au contraire. Loin de nous dégager du monde, elle nous stimule, nous encourage à construire ici-bas, un monde juste et fraternel.  Devant le mystère du mal et de la haine, devant nos incompréhensions, la colère des injustices, il n’y a pas d’autre remède, que de demander à Dieu de toutes ses forces d’aimer comme Jésus, d’aimer ses ennemis. Sinon, c’est que nous ne Le suivons pas. On se méprend souvent sur ce qu’est une vie réussie ou une vie ratée. Une vie réussie, c’est l’accomplissement de cet apprentissage de cet alphabet divin qui nous prépare à la vie, à la vie en abondance, celle pour laquelle j’ai donné personnellement ma vie au Christ et à Son Eglise. 

Il y a deux mille ans, hélas, certains n’ont pas reconnu le Messie qu’ils attendaient. Nous, frères et sœurs et chers amis, ne fuyons pas Sa présence, ne ratons pas Son retour. Il vient au cœur du monde, au cœur du peuple de Dieu, au creuset de la foi des fidèles. Oui, je le crois, c’est dans le secret de tous les cœurs que Dieu vient au monde et c’est là que je L’ai découvert. Dans le cœur des plus faibles, des personnes vulnérables, des pauvres, j’ai reconnu la présence du Seigneur. Je Le reconnais dans chacun de vous qui ouvrez vos cœurs à la présence de Dieu, ici, maintenant. Puissions-nous Le vivre vraiment et nous aider les uns les autres à Le vivre ensemble.

Michel Aupetit, Messe d’action de grâces / extrait – 10 décembre 2021 (fr.zenit.org)

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