Jésus-Christ ou rien – 49

Jésus-Christ ou rien – XXXXIX

Bernard Bro

Je sais l’ennui, je sais la platitude, je sais le bavardage de tant de nos célébrations malgré la richesse des réformes, mais je résisterai toujours à l’illusion qui voudrait rendre la messe attrayante là où elle n’a plus à l’être. Que l’avant-messe soit exultante, débordante, parlante, rien ne nous l’interdit. Oui, que la procession des baptisés retrouve l’ivresse pascale, que le spectacle dure huit jours s’il le faut: aucune disposition ne l’interdit. Que les chants, que la parole et nos homélies retrouvent toute la poésie de l’Evangile et de la Bible: nous sommes sans doute encore loin du compte.

Mais quelles que soient la beauté et l’exaltation auxquelles on pourra atteindre, il restera toujours une coupure entre la splendeur de l’expression et la réalité elle-même dans la pauvreté, la discrétion et l’obscurité du sacrement. Que tous les êtres et tous les textes soient convoqués, comme à la Vigile pascale: et le feu, et l’eau, et la nuit et le ciel, et le cantique d’Adam et le cantique de Moïse, et le cantique de la vigne et le cantique des ossements qui reprennent vie, que tous annoncent la promesse. Mais arrive le moment où ils doivent faire place au silence: lorsque le Pain et le Vin réalisent enfin ce que les textes n’avaient fait qu’annoncer. Or nous devons peut-être reconnaître que dans nos célébrations, pour le silence aussi, nous sommes loin du compte.

C’est dans la mesure où tous les renouveaux aboutissent à l’Eucharistie qu’ils évitent et éviteront d’en rester à de sympathiques excitants ou à des apaisements psychiques, ou à des suppléances passagères. L’Eucharistie, ce Banquet où la fiancée et l’Esprit convoquent la terre entière, disant: Viens, Seigneur Jésus, viens!

Alors les yeux de la foi peuvent saisir sans s’y tromper ce Visage de Dieu qui ne ressemble à rien d’autre. Paradoxe de la splendeur qui fait place à la pauvreté, paradoxe de la parole et de la liberté qui s’effacent devant la liturgie où l’Agneau immolé nous introduit au silence de l’adoration, où seul le Fils peut s’adresser à Son Père, où la promesse fait place à la messe, où l’homme sort de sa solitude pour trouver Celui-là seul qui peut restaurer le sens de sa vie.

Bernard Bro, Devenir Dieu / extraits (Cerf, 1978)

image: Pericle Fazzini, La Résurrection – Salle d’audience Paul VI, Vatican (bestglitz.com)

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