André Louf
Cela valait-il vraiment la peine qu’un Dieu apparaisse sur terre, pour disparaître presque aussitôt dans la mêlée des hommes? Lumière de Dieu, mais sous le boisseau; feu de Dieu, mais couvant sous la cendre; Verbe de Dieu, mais quasiment aphone; Parole de Dieu, mais réduite au silence; Puissance de Dieu, désormais infiniment fragile; Fils de Dieu, mais en apparence petit homme.
Incarnation de Dieu, certes, mais comme rampante dirions-nous aujourd’hui, furtive, qui s’accomplit à l’abri des regards, à l’insu de presque tous, sauf de quelques rares initiés. Telle est l’économie constante de Dieu au milieu de nous. Il n’y a pas à s’en étonner, ni à s’en scandaliser, encore moins à s’en impatienter comme si une injustice était faite à Dieu ou à notre zèle pour l’annoncer. C’est Dieu Lui-même qui se cache, qui s’enfouit, tel un levain dans la pâte.
André Louf, dans: Gabriel Ringlet, L’effacement de Dieu (Albin Michel, 2013)
image: André Louf (revue-christus.com)



