Morceaux choisis – 1321 / Fouad Hassoun

Fouad Hassoun

Comme l’amour, le pardon ne doit rien attendre en échange. Pardon signifie au-delà du don. Un pardon doit être donné gratuitement et n’est pas toujours reçu. Lorsque j’ai tendu la main à mes agresseurs, tous n’ont pas répondu à la mesure de mes espérances. Lorsque j’ai proclamé mon pardon publiquement pendant l’émission de télévision à Beyrouth, c’est toute une vague de conséquences qui s’est répandue largement au-delà de la personne en question.

Ce que j’ai reçu est tout simplement extraordinaire! Ce n’est qu’en étant patient et attentif que j’ai pu obtenir des réponses. Elles ont fini par arriver, pas toujours là où je les attendais. Sans doutes ces centres de formation pour personnes malvoyantes et aveugles bâtis en zone de guerre en étaient-ils une; ou bien encore la conversion du poseur de bombes…

Pardonner publiquement sans préparation aurait pu être perçu comme un acte d’arrogance et de prétention, une forme de déclaration de guerre déguisée, ce qui aurait été pire que tout. Si ce pardon n’avait pas pu être reçu librement, n’avait pas été perçu comme totalement sincère, non seulement il serait ressté vide de sens, mais il aurait même pu produire l’effet contraire de celui attendu.

L’image de l’enfant prodigue dans les bras de son père montre bien l’essence d’un pardon donné sans condition: un pardon qui allume une flamme, celle d’un bonheur tel qu’il est suivi d’une fête.

Fouad Hassoun, J’ai pardonné – Témoignage (Mame, 2020)

image: Fouad Hassoun & Thierry Fouet, Eglise Sainte Thérèse – Genève / Suisse (2026)

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