Fouad Hassoun
Ce que j’ai compris, c’est que ce n’est qu’en cherchant à comprendre l’autre, en me demandant ce que j’aurais fait à sa place, que je le respecte. Le pardon n’enlève pas le mal qui a été fait, il éloigne de l’indifférence. Si un pardon sans respect n’est que condescendance, dans le respect, il est justice.
Dans mon histoire, des dégâts collatéraux se sont révélés avec le temps, notamment toutes ces trahisons auxquelles j’ai été et suis encore particulièrement sensible, comme s’il s’agissait de griffures sur une plaie mal refermée. Ce n’est pas sans raison que Jésus dit: Je ne te dis pas jusqu’à 7 fois, mais jusqu’à 70 fois 7 fois. Le sept, chiffre hautement symbolique, exprime tout. Pardonner, c’est donc accepter le mal qui a été fait, englober tous ses effets collatéraux, estimer que ce mal ne se reproduira pas, qu’il appartient au passé et accepter l’évolution de celui qui l’a dispensé.
En revanche, dans le pardon d’Elige qui avait cassé mon petit cheval, il ne s’agissait ni de religion, ni de foi, ni de grâce. Il s’agissait de nature humaine, au même titre que des rires et des larmes. Cela, tout le monde en est capable. Il suffit de le vouloir. Le résultat n’en est pas moins merveilleux et c’est un petit bonheur dont il serait dommage de se priver tant il en engendre de plus grands! Au fond, non seulement mon petit cheval est définitivement présent dans ma mémoire, non seulement il a grandi, mais il a fait de moi un vrai chevalier volant des contes de ma grand-mère…
Fouad Hassoun, J’ai pardonné – Témoignage (Mame, 2020)
image: Fouad Hassoun, Eglise Sainte Thérèse – Genève / Suisse (2026)



