Morceaux choisis – 1322 / Isabelle Le Bourgeois

Isabelle Le Bourgeois

Que dire à ceux qui perçoivent le silence de Dieu comme un rejet de ce qu’ils sont? D’autres, tant d’autres, y compris les grands spirituels à travers les âges, ont expérimenté ce silence de Dieu, cet abandon de la présence. Ils ont été traversés par le doute, la nuit noire, le désespoir. Certains sont même morts, sans avoir jamais recouvré la paix.

J’éprouve que Dieu n’est pas Dieu, qu’Il n’existe pas vraiment. C’est en moi de terribles ténèbres. Comme ni tout était mort en moi, car tout est glacial, écrit mère Teresa de Calcutta. En juillet 1958, elle avouait: Mon sourire est un grand manteau qui couvre une multitude de douleurs. Tout le temps à sourire. Les Soeurs et les gens pensent que ma foi, mon espérance, mon amour me comblent en profondeur et que l’intimité avec Dieu et l’union avec Sa volonté imprègnent mon coeur. Si seulement ils pouvaient savoir… 

Savoir que les grands mystiques vivent le doute et la sécheresse de la prière peut-il nous consoler? Rien n’est moins sûr, même si cela permet peut-être de ne pas oublier que nous ne sommes pas les seuls concernés.Mais ces silences, ces doutes fragilisent bien souvent nos terres déjà très fragiles, rendant ainsi l’être que nous sommes encore plus incertain d’être qu’il ne l’est.

Isabelle Le Bourgeois, Le Dieu des abîmes (Albin Michel, 2020)

image: Michael Wutky, Paysage italien le soir (meisterdrucke.fr)

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