Chemins de traverse – 1037 / Amin Maalouf

Amin Maalouf

Nous sommes dans un monde où les gens affirment avec de plus en plus de force et de violence un seul aspect de leur identité, en écartant tout le reste. Souvent, c’est l’aspect religieux que l’on met en avant. C’est là une dérive qui me paraît calamiteuse. Les raisons en sont multiples et difficiles à cerner. L’une des explications, c’est que les nouvelles technologies sont en train de créer une civilisation globale dans laquelle beaucoup de nos contemporains ne se reconnaissent pas vraiment.

Bien des gens ont le sentiment d’être perdus, et menacés par une évolution qu’ils ne maîtrisent pas, qu’ils ne comprennent pas toujours, et qui affecte pourtant leur existence et souvent la bouleverse. Les uns se sentent envahis, d’autres se sentent écrasés, ou exclus, ou marginalisés. Cette évolution extrêmement rapide des technologies provoque une réaction de défense: bien des gens sentent qu’ils ont besoin de se battre avec acharnement pour préserver leur religion, leur nation, leur langue ou leur mode de vie. Nous sommes tous affectés par ces bouleversements, même si tout le monde ne les vit pas de la même manière. De plus, cette civilisation globale est en train d’émerger à un moment où les idéologies sont déconsidérées, surtout celles qui prônaient l’internationalisme.

Depuis la fin de la guerre froide, nous nous trouvons dans un monde qui ne croit plus à aucune idéologie, et où bien des gens se rabattent sur leurs appartenances les plus viscérales, celles qu’ils ont reçues à la naissance et qui semblent constituer pour eux un élément de stabilité dans un monde en perpétuelle mutation.

Amin Maalouf, Entretien avec Eric Fourreau et Serge Saada / extrait (shs.cairn.info)

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