Frère Raffaele
Je ne vous cacherai pas que la tâche du prédicateur n’est jamais bien facile; cependant, aujourd’hui, elle bat tous les records. Il me revient en effet, je ne dis pas de vous expliquer – ce qui serait une pure hérésie – mais au moins de vous présenter, ou plutôt de vous faire pressentir, le mystère suprême de notre foi: la très Sainte Trinité. Les grands docteurs de l’Eglise qui se sont attelés à cette tâche, ont tous reconnu la pauvreté de nos mots, l’impuissance de notre langage à exprimer l’inexprimable. Je demande donc votre indulgence.
Alors, on ne peut vraiment rien dire à propos de la Sainte Trinité? Nous pouvons en dire quelque chose, tout de même, car c’est Dieu en personne qui nous en a fait la confidence. Jésus seul pouvait nous en parler, car il est le Fils de Dieu fait homme. Jésus nous a révélé que le Dieu unique est Père, Fils et Saint-Esprit. Il nous a fait entrevoir la vie intime de Dieu. Car Dieu est amour. Or, quel est le propre de l’amour? Vous le savez mieux que moi, vous qui êtes mariés, qui avez des enfants et des petits-enfants: le propre de l’amour est de se donner. Eh bien, en Dieu aussi il y a une relation d’amour, de don, d’échange réciproque. Le contraire serait étonnant, n’est-ce pas? Cette relation constitue les trois Personnes divines.
Mais alors, me direz-vous, la Trinité, ce sont trois dieux? Nullement: car, entre les trois Personnes divines, tout est commun, tout est indivisible. En Dieu, il y a distinction sans séparation. En Dieu, la sainteté, la puissance, la sagesse, l’amour, en un mot, la nature, tout est unique, parce que tout est commun aux Trois, tout est partagé, dans un échange perpétuel. Mais il y a plus: les trois Personnes divines nous invitent, invitent chaque homme à partager leur amour, leur bonheur. Le Père envoie son Fils aux hommes. Le Fils nous appelle tous à entrer dans son amitié, dans son intimité, pour nous introduire, par Lui, avec Lui et en Lui, dans l’intimité du Père. Et cela dès maintenant, grâce à l’Esprit-Saint qui nous a été donné et qui nous fait fils dans le Fils, tournés vers le Père, en attendant la rencontre face à face.
J’espère qu’après cette homélie personne d’entre vous ne dira: Maintenant, j’ai compris le mystère de la Trinité. Ce serait la preuve que j’ai complètement raté ma prédication. Tout ce que je vous ai dit, ce ne sont que des balbutiements d’enfant. Nos mots, nos images, nos concepts, ne sont que des balises pour orienter notre regard intérieur. Le silence adorant de la prière nous permettra d’aller beaucoup plus loin dans cette contemplation. Mais c’est au ciel seulement que nous verrons Dieu tel qu’Il est. Et l’éternité entière ne suffira pas pour rassasier notre désir: désir toujours apaisé et toujours renaissant plus intense dans son perpétuel jaillissement.
Frère Raffaele, Homélie pour la fête de la Sainte Trinité / extraits (abbaye-tamie.com)
image: Les Saules, Cologny / Suisse (2015)



