Michel-Marie Zanotti-Sorkine
Pour ma part, je n’ai que peu de mérite à sillonner la vie du Christ. Il est ma passion – mon amour, oserais-je l’appeler, malgré mes infidélités – et je ne me lasse pas de Le contempler sous les traits humains reçus de Marie, modèle achevé de l’homme créé. Si certaines figures de sainteté me subjuguent en m’emportant vers l’effort, je n’oublie pas que leurs idées, leurs pensées, leurs conseils, bien qu’irrigués d’Evangile, mieux fondés sur lui, n’ont pas manqué de temporaliser, sans tempérer pour autant la pensée éternelle de Dieu.
C’était au fond leur devoir et l’on ne saurait le leur reprocher malgré les limites imposées par leur époque, leurs lubies et leurs certitudes, à la pensée du Christ qui, Lui, incarne l’Ecriture. Avantage inaliénable puisque chacune de Ses paroles peut se recevoir hors contexte, sans que l’on ait besoin, comme pour un saint Paul en ses épîtres, d’évaluer une affirmation ou un conseil en considérant la Communauté à laquelle il s’adresse et les comportements déviés auxquels elle donne libre cours.
Evidemment, des joyaux divins sont à recueillir chez Paul, Pierre, Jacques ou Jean, mais je le redis: chez le Christ, le travail d’ajustement est inutile. Sa voix se promène au champ de l’universel; elle ignore les frontières sociales et culturelles; elle se jette dans la mêlée des âmes en s’adressant à tous, à ceux qui ne viennent pas comme à ceux qui viendront plus tard et dont nous sommes, peut-être…
Evangile écrit, broché, cartonné, hélas rangé sur l’étagère à poussière! Histoire d’une vie sacrifiée à l’amour, à ne surtout pas consulter, mais à embrasser dans tous les sens du terme. Quand? Tout de suite!
Michel-Marie Zanotti-Sorkine, On n’est jamais trahi que par les siens / extraits (Téqui, 2026)
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