Père Benoît-Marie
Ne nous arrive-t-il pas à tous de nous plaindre un peu de ce Dieu qui est si silencieux, qui semble si lointain, si peu agissant dans notre monde douloureux et dans nos vies rocailleuses? Jésus, pourtant, avait promis à ses disciples de ne pas les laisser orphelins. Il leur a envoyé l’Esprit de vérité pour les conduire à la vérité tout entière, mais Lui aussi n’est pas très palpable. Il y a encore deux grandes réalités qu’Il a voulu nous donner: l’Eglise et la Sainte Eucharistie. Or, la Sainte Eucharistie est le cœur de l’Eglise, source et sommet de Son action. Selon ces derniers gestes, ces dernières paroles prononcées le Jeudi-Saint, la veille de Sa mort donnée par amour, Il a permis que la Messe soit l’actualisation du Sacrifice de la Croix. Il nous introduit par là dans le mystère insondable de l’amour divin, qui est par essence trinitaire: le Fils s’offre au Père dans Son corps, son humanité, et de l’amour infini qui motive ce don total qui compense tous les péchés du monde, procède l’Esprit-Saint qui unit le Père au Fils.
Nous sommes invités à entrer nous aussi avec Lui dans cette intimité divine, par ce moyen simple du pain et du vin que nous recevons au plus intime de notre corps et de notre âme. Et ainsi, nos épreuves quotidiennes, offertes avec Jésus, deviennent une occasion providentielle d’accepter en nous et de répandre autour de nous quelque chose de cet Amour.
Il faut un grand regard de foi pour ne pas nous contenter de vivre nos jours, avec leur lot de joies et de difficultés, sans comprendre leur sens, ce sens qui fait si souvent défaut à tant de gens désespérés aujourd’hui. Dans ce regard de foi, on peut rassembler comme on glâne après la moisson, les épis laissés par terre, comme sans valeur. Or, tout a de la valeur, car tout peut être offert. Nous pouvons en esprit, laisser broyer ces grains de froment ou de raisin sous le pressoir et la meule, le fruit de nos journées très ordinaires. Ces miettes et ces gouttes de sueur et de sang, ajoutées à toutes celles qui sont offertes par nos frères et sœurs de par le monde, qui sont comme nous autour de l’autel du Seigneur, nous les joignons au Corps et Sang précieux du Christ, le Grand-Prêtre qui s’est offert pour nous. Transformés par Sa puissance divine, ces petites choses créées deviennent le Pain du banquet et le Vin des noces de l’Agneau qui annoncent la Pâque éternelle.
Que Dieu, dans le mystère de Son Corps et Sang très saints, célébrés aujourd’hui dans la splendeur de l’été, nous donne de vivre dans cette action de grâces et de répandre Son Amour partout où Il nous conduit.
Abbaye de la Fille-Dieu, Homélie pour la Fête-Dieu / extraits – 2023 (fille-dieu.ch)
image: Abbaye de la Fille-Dieu, Romont / Canton de Fribourg, Suisse (fille-dieu.ch)



