Père Benoît-Marie
Qu’est-ce que l’amour véritable? Plus que jamais, on se pose aujourd’hui la question, à laquelle il est presque impossible de répondre théoriquement, et qu’on ne découvre comme en un éclair quand il nous arrive d’en faire l’expérience bienheureuse. Depuis les origines de l’homme, on en doute et on le cherche; on croit l’avoir trouvé, et il nous échappe. Dieu Lui-même est mis en demeure par l’homme de se manifester et de prouver ce qu’on ne pourra jamais prouver. Alors, il nous arrive de douter même de l’amour de Dieu parce qu’il ne se présente pas comme nous l’attendions.
Le Christ Jésus n’est venu que pour cela. Et la révélation de Son amour des hommes culmine à la croix; la dernière touche l’achève alors qu’Il était déjà mort, par le geste précis de ce soldat, consommant sans le savoir le don total de Dieu aux hommes. Les profondeurs du Cœur de Jésus nous sont dévoilées à ce moment-là seulement, comme si la mort ne suffisait pas, n’était pas assez explicite. Voilà qui nous convainc, s’il en était besoin, que l’amour n’est pas d’abord une question de sentiments; il n’y a que les apprentis de l’amour qui s’étonnent que la souffrance en fait pour ainsi dire partie, qu’il ne se révèle que par elle. Et aussi que c’est toujours quelque chose d’infiniment concret.
Au moment où son Cœur est transpercé, Jésus n’avait plus rien à dire; Sa Parole s’était tue pour toujours sur la terre. Mais les dernières gouttes de sang et d’eau ont été plus éloquentes que tout ce qu’Il avait pu dire durant toute sa vie. Nous avons ce trésor-là: nous pouvons Le voir et Le toucher du doigt, et il a été mis en valeur précisément aux époques où l’on risquait de se cantonner dans la seule réflexion intellectuelle, où la prière même était vue comme une étiquette de cour brillante mais sèche et où les âmes simples cherchaient en vain la source. Ce fut le mérite des jésuites, entre autres, de propager cette dévotion, qui n’est en vérité que le cœur de la foi chrétienne!
Que le Cœur Sacré de Jésus nous arrache à nous-mêmes pour ne nous attacher qu’à Lui et que nous soyons de petits canaux qui laissent couler l’eau et le sang jaillis de Son côté ouvert.
Abbaye de la Fille-Dieu, Homélie pour la fête du Sacré-Coeur / extraits – 2024 (fille-dieu.ch)
image: Abbaye de la Fille-Dieu, Romont / Canton de Fribourg, Suisse (fille-dieu.ch)



