Léon XIV
Seigneur mon Dieu, tu es mon espérance (Ps 70, 5). Ces paroles jaillissent d’un cœur accablé par de graves difficultés: Tu m’as fait voir tant de maux et de détresses, tu me feras vivre à nouveau, à nouveau tu me tireras des abîmes de la terre (Ps 71, 20), dit le psalmiste. De là jaillit la confiance inébranlable que l’espérance en Lui ne déçoit pas.
Dans les épreuves de la vie, l’espérance est animée par la certitude ferme et encourageante de l’amour de Dieu répandu dans les cœurs par l’Esprit Saint. Nous ne pouvons pas oublier que nous avons été sauvés par cette espérance dans laquelle nous devons rester enracinés.
Le pauvre peut devenir témoin d’une espérance forte et fiable, justement parce qu’il la professe dans des conditions de vie précaires, faites de privations, de fragilité et d’exclusion. Il ne compte pas sur les certitudes du pouvoir et des biens; au contraire, il les subit et en est souvent victime. Son espérance ne peut reposer qu’ailleurs. En reconnaissant que Dieu est notre première et unique espérance, nous accomplissons nous aussi le passage entre les espérances éphémères et l’espérance durable. Face au désir d’avoir Dieu comme compagnon de route, les richesses sont relativisées, car découvrant le véritable trésor dont nous avons réellement besoin. Les paroles avec lesquelles le Seigneur Jésus exhortait ses disciples résonnent clairement et avec force: Ne vous faites pas de trésors sur la terre, là où les mites et les vers les dévorent, où les voleurs percent les murs pour voler. Mais faites-vous des trésors dans le ciel, là où il n’y a pas de mites ni de vers qui dévorent, pas de voleurs qui percent les murs pour voler (Mt 6, 19-20).
C’est une règle de la foi et un secret de l’espérance: tous les biens de cette terre, les réalités matérielles, les plaisirs du monde, le bien-être économique, bien qu’importants, ne suffisent pas à rendre le cœur heureux. Les richesses sont souvent trompeuses et conduisent à des situations dramatiques de pauvreté, à commencer par celle de penser que l’on n’a pas besoin de Dieu et de mener sa vie indépendamment de Lui. Les paroles de saint Augustin me reviennent à l’esprit: Que toute ton espérance soit en Dieu: sens que tu as besoin de Lui pour être comblé par Lui. Sans Lui, tout ce que tu auras ne servira qu’à te rendre encore plus vide.
Les pauvres ne sont pas une distraction pour l’Eglise, ils sont nos frères et sœurs les plus aimés, car chacun d’eux, par son existence et aussi par les paroles et la sagesse dont il est porteur, nous invite à toucher du doigt la vérité de l’Evangile. C’est pourquoi la Journée mondiale des pauvres veut rappeler à nos communautés que les pauvres sont au centre de toute l’œuvre pastorale. Non seulement en son aspect charitable, mais également en ce que l’Eglise célèbre et annonce. Dieu a pris leur pauvreté pour nous rendre riches à travers leurs voix, leurs histoires, leurs visages. Toutes les formes de pauvreté, sans exception, sont un appel à vivre concrètement l’Evangile et à offrir des signes efficaces d’espérance.
En promouvant le bien commun, notre responsabilité sociale trouve son fondement dans le geste créateur de Dieu, qui donne à tous les biens de la terre: comme ceux-ci, les fruits du travail de l’homme doivent également être accessibles à tous de manière équitable. Aider les pauvres est en effet une question de justice avant d’être une question de charité. Comme le fait remarquer saint Augustin: Tu donnes du pain à celui qui a faim, mais il vaudrait mieux que personne n’ait faim, même si cela signifie qu’il n’y aurait personne à qui donner. Tu offres des vêtements à celui qui est nu, mais combien il serait préférable que tous aient des vêtements et qu’il n’y ait pas cette indigence (Commentaires sur la 1ère lettre de saint Jean)…
Léon XIV, Message pour la 9e Journée des pauvres – 16 novembre 2025 (vatican.va)
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