Erri de Luca
A quoi ressemble cet âge? A l’ascension d’un bois en montagne. Dans l’épaisseur des conifères la lumière pénètre à peine, je vois juste ce qui m’entoure de près, mais tout s’éclaircit vers le haut, des clairières s’ouvrent, il y a plus de lumière. A cet âge, depuis le sommet du bois, je vois loin, des fragments d’avenir, pas le mien, celui sans moi.
Le voilà débarrassé de ceux qui ont voulu le repousser, en conservant les modèles et les styles du gaspillage. Au moment de mourir, le poète Goethe prononça ces derniers mots: Mehr Licht, plus de lumière. Ce n’est pas une question, c’est la surprise de la voir briller.
Aujourd’hui, je vois une jeunesse qui sent son propre avenir ne faire qu’un avec celui de la Terre entière. Elle regarde loin, elle voit l’avenir. Moi aussi, les nouveaux vieux aussi, nous voyons plus loin, depuis le sommet de notre bois.
On devient visionnaires quand l’avenir est limpide mais exclu.
Erri de Luca & Inès de la Fressange, L’âge expérimental (Gallimard, 2026)
image: Erri de Luca (iicparigi.esteri.it)



