Communauté de Hauterive
La solennité de la naissance du grand prophète Jean-Baptiste évoque pour moi cet intense sentiment que provoque le simple fait d’exister. Exister vraiment cela conjugue risque et joie, liberté et implication. Exister, c’est vivre des liens avec la réalité qui changent insensiblement le monde. Et c’est à mon sens la caractéristique majeure qui fait le prophète: un homme qui existe. Un homme de profonde maturité qui ne perd pas son temps à se tâter le pouls, qui se connaît assez pour ne plus être encombré de lui-même, qui ne se demande plus si Dieu existe, tellement il perçoit le sens incontournable de sa responsabilité. Croire, pour lui, c’est exister pour Dieu: Lui appartenir comme l’instrument dans la main de l’artisan, la flèche acérée précieusement cachée dans son carquois. Une attente divine imprègne toute son existence depuis toujours, un nom reçu de Dieu, comme une marque définitive d’appartenance et en même temps une terrible dynamique. Pour le prophète, la vie est une mission.
L’Eglise nous éduque en nous invitant à faire mémoire de cette figure exceptionnelle du Baptiste. Elle veut ainsi faire de nous ses enfants c’est-à-dire des prophètes comme lui. Alors chaque matin, à la naissance du jour elle nous invite à renaître avec lui, au chant du Benedictus. L’Église nous invite à exister pleinement et donc à naître chaque jour par la conversion matinale, conversion baptismale. Elle nous invite à replonger dans le sens profond de notre mission, à nous réconcilier avec les évènements, à renouer avec la création et toute la réalité, à retrouver le sens de la vie – c’est-à-dire de ce jour, puisque la vie ce n’est que ce jour -, à sortir de la désorientation en retrouvant l’orient, et à se tourner vers l’astre d’en haut qui vient nous visiter. Chaque matin au lever du soleil retrouver la direction de sa vie, le sens de sa journée et la conscience que Dieu m’a confié une mission, que ce jour est tendu par sa douce attente. Avec saint Jean-Baptiste, l’Eglise nous éduque à être des prophètes: non pour annoncer un avenir mais pour manifester le présent, la présence de ce Dieu qui agit par le temps.
C’est là la différence entre le prophète et de l’idéologue. Ils ont la même fougue, l’intuition géniale, une vision et parfois agissent pour Dieu. Mais l’idéologue n’agit pas par lui et il a son agenda, comme dit le pape François. Alors que le prophète travaille avec le temps et non pas contre lui. L’idéologue démissionne si les choses n’adviennent pas. Le prophète célèbre le temps et sait ainsi patienter quitte à revivre la Passion!
Chaque matin avec le Baptiste nous existons, nous renaissons à notre mission prophétique en célébrant le présent et la présence, le jour et l’éternel instant pour faire ainsi basculer, comme Jean le précurseur, l’humanité dans l’alliance nouvelle et éternelle.
Communauté de Hauterive, Homélie pour la naissance de Jean-Baptiste / extraits – 2021 (abbaye-hauterive.ch)
image: Léonard de Vinci, Saint Jean-Baptiste (scribeaccroupi.fr)



