Isabelle Le Bourgeois
Ecouter suppose un rapport au temps qui ne trouve pas sa place dans le rythme de nos vies modernes. Il y a dans l’écoute profonde un certain éloge de la lenteur. Il ne s’agit pas de prôner la lenteur pour la lenteur, ou comme impossibilité à faire autrement, mais la lenteur comme manière de décliner la patience, la durée, les saisons, la fidélité… bref, de ne pas avoir la crainte de persister. C’est une attitude qui demande du courage car de nos jours elle est regardée, parfois, avec unce certaine ironie. Il est devenu si difficile de croire que tout ne se jette pas et que réparer vaut mieux que remplacer.
Le temps de Dieu, à notre échelle humaine, est un temps qui prend son temps. Cela fait plus de deux mille ans que Jésus-Christ est venu sur terre et le monde n’a pas été bouleversé dans sa capacité à entrer en dialogue. Le coeur des humains n’a pas été converti et nous ne sommes ni meilleurs ni pires qu’avant.
L’advenue du Royaume semble prendre son temps. Comme une graine de moutarde. L’écoute aussi prend son temps.
Isabelle Le Bourgeois, Le Dieu des abîmes (Albin Michel, 2020)



