Michel-Marie Zanotti-Sorkine
Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent. Souhaitez du bien à ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient (Lc 6, 27-28)… Et puis quoi encore! dit le bon sens admis par tous les milieux sociaux bien qu’il ne soit que populaire! Mais pourquoi donc faudrait-il assumer cet illogisme assumé à l’impératif?
Pour deux motifs dont le premier est réservé aux croyants de tout poil: Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes (Mt 5, 44-45). Le second, adressé aux philosophes et autres moralistes épris du dépassement de soi: Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous? Les publicains eux-mêmes n’en font-ils pas autant? (Mt 5, 44-46)… Pour couronner ce paradoxe, Jésus, en un futur boursouflé d’espérance comme il se doit quand on est Dieu, prophétise: Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait (Mt 5, 48).
Pardonnez-moi d’être aussi clair avec ma foi, mais cet appel à aimer les haineux ne peut jaillir que d’un coeur divin. Aucun homme n’oserait inventer une philosophie pareille! Voilà donc servie sur le plateau de l’apparente absurdité, la preuve de la divinité du Christ. Avant de l’écarter d’un revers de mépris, demandons-nous si en réponse à la violence et aux injures, le silence, la prière et même la folie d’une bénédiction non méritée n’auraient pas l’outrecuidance d’enrayer le mal.
Ah! vous refusez de vous interroger en criant à l’utopie? Vous feriez mieux de contempler avec moi le figuier feuillu, un jour maudit par le Christ et desséché jusqu’à la racine pour n’avoir produit aucun fruit!
Michel-Marie Zanotti-Sorkine, On n’est jamais trahi que par les siens / extraits (Téqui, 2026)
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