Morceaux choisis – 1296 / Antoine Bloom

Antoine Bloom

Si nous voulons que notre prière et notre vie ne se dissocient pas, que notre prière ne se dissolve pas peu à peu, brisée qu’elle sera par les exigences d’une vie dure, cruelle, par l’effort du Prince de ce monde, il faut que nous intégrions notre prière à tout ce qui fait notre vie; que nous la jetions comme une poignée de levain dans cette pâte qui est notre vie dans sa totalité. Si le matin nous nous levions et nous présentions au Seigneur et disions: Seigneur, bénis-moi et bénis ce jour qui commence, et si nous nous rendions compte que nous entrons dans un jour nouveau de la création, un jour qui n’a jamais été avant nous, un jour qui se lève comme une possibilité inexplorée et infiniment profonde!

Si nous nous rendions compte sous la bénédiction de Dieu que nous y entrons pour faire office de chrétiens dans la force et dans la gloire que ce mot de chrétien implique, avec quel respect, avec quel sérieux, avec quelle joie contenue, quelle espérance et quelle tendresse ne rencontrerions-nous pas le déploiement progressif de cette journée! D’heure en heure nous la recevrions comme un don de Dieu; toute circonstance qui se présente à nous, nous la recevrions comme de la main du Seigneur; aucune rencontre ne serait fortuite, chaque personne qui croiserait notre route, chaque interpellation qui nous frapperait serait un appel à répondre, non pas à la façon dont quelquefois nous le faisons sur un plan purement humain, mais avec toute la profondeur de notre foi, de ce cœur d’homme au plus profond duquel se trouve le Royaume de Dieu et Dieu lui-même.

Et au cours de cette journée nous cheminerions avec le sens du sacré, avec le sens de faire route avec le Seigneur, à chaque instant nous nous trouverions face à face avec des situations qui demandent la sagesse et nous aurions à la demander; qui demandent la force et nous prierions le Seigneur de nous l’accorder; qui demandent le pardon de Dieu parce que nous aurons agi à faux et qui appellent en nous un élan de reconnaissance parce que, malgré notre indignité, notre aveuglement, notre froideur, il nous aura été donné de faire ce que d’aucune façon nous ne pouvons faire de nos propres forces.

Et alors nous nous rendrons compte que la vie ne nous empêchera jamais de prier, jamais, parce que c’est la vie elle-même qui est la substance vivante dans laquelle nous jetons cette poignée vivifiante de levain qu’est notre prière, qu’est notre présence, dans la mesure où nous-mêmes nous sommes en Dieu et Dieu en nous, ou tout au moins tendus vers Lui alors qu’Il s’incline vers nous.

Antoine Bloom, La transfiguration / extraits (pagesorthodoxes.net)

image: Ile d’Amorgos / Grèce (pixers.fr)

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