Notes de lecture – Michel-Marie Zanotti-Sorkine

Claudio Montale

Il est des lectures qui, une fois achevées, laissent un sentiment de joie profonde et d’énergie renouvelée. Tel est le cas de ce dernier opus du père Michel-Marie Zanotti-Sorkine au titre provocateur – On n’est jamais trahi que par les siens – pour autant que vous aimiez ou éprouviez le besoin d’être bousculés dans vos certitudes et votre manière d’être; en somme, si vous voulez rester jeunes!

En préambule, ne vous y trompez pas: la trahison est bel et bien centrée sur le Christ et son parcours évangélique, non sur son auteur, même si ce dernier à travers son expérience humaine, aborde de nombreuses interrogations sur la pratique religieuse et la mission de l’Église: Il n’est pas étonnant que Jésus n’ait pu échapper au filet de la trahison… chez Lui mortelle. Mais le rideau n’est pas tombé pour autant! Si nous croyons qu’Il habite en nous jusqu’à nous aimer si démesurément qu’aucune créature ne peut rivaliser avec Lui, inutile de se cacher la vérité: la trahison lui pend au nez!

Et pour nous, qu’en est-il? Où se situent-elles, nos trahisons, par discrétion ou manque de courage, voire par crainte du jugement des hommes? Voici une réponse radicale à ces infidélités à la vie que Dieu conçoit: La pédagogie du Christ ne prend pas son élan sur la volonté d’être admis et par-dessus tout, elle redoute l’approbation des hommes. Créatrice d’oppositions, Il s’en fiche, dans la mesure où la parole est donnée par amour et dans l’amour. De ce terreau, un jour elle fleurira…

Pas très tendre sur l’Eglise et sa hiérarchie, pour ses compromissions possibles – sur les sacrements ou la liturgie – il prédit à juste titre que si l’Église n’est plus mystique, son action humaine en souffrira, et elle peut bien s’étaler de tout son long au cours des siècles, elle n’intéressera plus l’âme éblouie par les étoiles, envoutée par l’amour, promise à la Gloire qu’elle n’attend plus.

Un chapitre est bien sûr consacré aux abus sexuels, avec un regard croisé sur les victimes et les coupables au sein de l’Institution, en rébellion parfois avec le Christ miséricordieux Lui-même: Ah! si tous les serviteurs de Dieu pouvaient vibrer à la manière d’un abbé Huvelin, confesseur-sauveteur de Charles de Foucauld qui un jour s’écria: « Je ne puis regarder personne sans désirer donner l’absolution », mon Dieu, que l’amour divin envahirait le monde! Alors, évitons par respect pour le Christ la forfaiture: Je te pardonne mais je garde sur mes tablettes le mal commis et… je te chasse!

Pour conclure revenons à la Lumière, avec le Credo de notre auteur, que chacun de nous – et pas seulement les prêtres – peut reprendre à son compte : Pour ma part, je n’ai que peu de mérite à sillonner la vie du Christ. Il est ma passion – mon amour, oserais-je l’appeler, malgré mes infidélités – et je ne me lasse pas de Le contempler sous les traits humains reçus de Marie, modèle achevé de l’homme créé. Sa voix se promène au champ de l’universel; elle ignore les frontières sociales et culturelles; elle se jette dans la mêlée des âmes en s’adressant à tous, à ceux qui ne viennent pas comme à ceux qui viendront plus tard et dont nous sommes, peut-être…

Bonne lecture à tous !

Michel-Marie Zanotti-Sorkine, On n’est jamais trahi que par les siens (Téqui, 2026)

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