William Shakespeare
Il m’a déshonoré,
et m’a frustré d’un demi-million,
il a ri de mes pertes, raillé mes bénéfices,
méprisé ma nation, contrarié mes affaires,
refroidi mes amis, réchauffé mes ennemis…
et quelle est sa raison?
Je suis juif.
Un juif n’a-t-il pas des mains, des organes,
un corps, des sens,
des désirs, des émotions?
N’est-il pas nourri par la même nourriture,
blessé par les mêmes armes,
sujet aux mêmes maladies,
gjuéri par les mêmes moyens,
réchauffé et refroidi par le même hiver
et le même été qu’un chrétien?
Si vous nous piquez,
est-ce que nous ne saignons pas,
si vous nous chatouillez,
est-ce que nous ne rions pas?
Si vous nous empoisonnez,
est-ce que nous ne mourons pas?
Et si vous nous outragez,
ne nous vengerons-nous pas?
Si nous sommes comme vous pour le reste,
nous vous ressemblerons aussi en cela.
Si un chrétien est outragé par un juif,
quelle est sa charité?
La vengeance!
Si un juif est outragé par un chrétien,
quelle devrait être sa patience,
d’après l’exemple chrétien?
Eh bien, la vengeance!
L’infamie que vous m’enseignez,
je la mettrai à exécution,
et je me fais fort de surpasser mes maîtres.
William Shakespeare, Le marchand de Venise – Monologue de Shylock, dans: Comédies, vol. 1 (Bibliothèque de la Pléiade/Gallimard, 2013)
image: Al Pacino, dans: Le marchand de Venise – film de Michael Radford / 2004 (collider.com)



