Isabelle Le Bourgeois
Il y a de nombreuses années, lors d’une retraite, un texte de Hans Urs von Balthasar – Le coeur du monde – m’avait été donné afin d’aider la méditation de mes propres tourments et refus. C’était la première fois que j’entrais en contact avec le Dieu des abîmes. Ce texte est pour moi comme la trace vivante de l’expérience faite de cette rencontre avec Celui qui est allé jusque dans les bas-fonds de mes prisons intérieures:
Mon fils, entre le milieu de la nuit et le froid du matin, au moment où ils me trainèrent pour la deuxième fois devant le juge, j’ai séjourné dans ta prison. Seul, battu de verges, objet d’opprobre, j’étais enchaîné à un poteau. Je pensais à toi et au jour qui allait poindre. Ta prison, je l’ai goûtée, rien de son odeur de pourriture amère et fade ne m’a été épargné. Toutes les prisons de tous les êtres qui se débattent désespérément contre la liberté de Dieu, je les ai traversées jusqu’à la cellule la plus secrète. (Le coeur du monde)
Cette visite dans les geôles de l’âme est déjà inouïe, mais il est une chose plus mystérieuse, plud inouie, plus inaudible peut-être: Dieu Lui-même, en Son Fils, est descendu dans le séjour des morts…
Isabelle Le Bourgeois, Le Dieu des abîmes (Albin Michel, 2020)
image: Hans-Urs von Balthasar (earthandaltarmag.com)



