Morceaux choisis – 1385 / Abbaye de la Fille-Dieu

Père Benoît-Marie

Dieu ou l’argent: le dilemme n’est pas d’aujourd’hui et on pourrait dire qu’il est universel, sous une forme ou une autre, qu’on en ait beaucoup ou presque rien. Or, en réalité, l’argent n’est qu’un moyen, neutre en lui-même comme la plupart des moyens. Ce n’est donc pas l’argent qui est le rival possible de Dieu, mais son usage. Sainte Thérèse d’Avila, dans son réalisme mystique insurpassable, disait: Thérèse toute seule ne peut rien ; Thérèse avec la grâce de Dieu peut beaucoup ; Thérèse avec la grâce et de l’argent peut à peu près tout!

Que veut donc nous dire le Sauveur Jésus? Non pas d’abord, nous inciter à une vie d’insouciance, à l’instar de la cigale de la fable. La comparaison des oiseaux du ciel et des lys des champs est ici très claire: si on les observe, les oiseaux sont sans cesse à la recherche de nourriture pour eux et leurs petits; et les lys puisent dans le sol ce qui fait leur splendeur pour notre plaisir des yeux. Eux qui sont privés de raison, voilà qu’ils nous donnent une sacrée leçon de gratuité et de dévouement. Nous ne pouvons que faire mieux, si possible. Mais on peut aussi donner à son travail une teinte de fébrilité, d’accumulation, voire de vanité et d’orgueil. On peut, oui, travailler beaucoup pour gagner beaucoup d’argent, au détriment de sa santé, de sa famille et le travail peut devenir une drogue, comme l’argent, justement. C’est là qu’il faut choisir: il est impossible, matériellement et spirituellement, d’avoir deux buts ultimes, deux biens suprêmes.

Le seuil de nos besoins se déplace selon que l’on essaie de calmer son inquiétude dans les moyens humains ou que l’on cherche la justice du Royaume dans un ordre convenable des choses. Alors, tout sera donné par surcroît, c’est vrai. Là, les monastères ont quelque chose à nous dire – encore, pour préciser qu’on n’est pas tous morts, grâce à Dieu! – parce qu’ils sont comme un doigt levé vers le ciel, et cette utopie rend le monde meilleur depuis des siècles. Saint Paul nous conduit sur la voie de cet abandon jusqu’à sa personne: tout abandonner à Dieu est le contraire de la paresse. Les bons serviteurs travaillent non pour arrondir leur fortune et augmenter leur bien-être, mais pour servir leur maître, sans spéculer par avance sur le salaire, parce qu’ils ont confiance en sa justice. Le surcroît est caché dans le tout abandonner.

Que le Christ qui n’avait pas une pierre où reposer la tête nous le montre et nous en donne l’humble courage.

Abbaye de la Fille-Dieu, Homélie du 26 février / extraits – 2017 (fille-dieu.ch)

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