Morceaux choisis – 20 / Romano Guardini

Romano Guardini

J’étais assis au bord du Löchstal en Engadine. A mes pieds, la vallée se creusait brusquement. Au fond, tout en bas, le torrent coulait, jailli du glacier. De l’autre côté, c’était à nouveau le puissant ressaut des cimes. Ainsi, la vallée formait comme un immense berceau. Mais ce berceau n’était pas vide. Il était tout empli de silence.

J’étais seul. Pas un bruit à l’entour. Et pourtant l’oreille, celle du corps comme celle de l’âme, percevait le silence. Et le silence était quelque chose de si vaste, et de si profond, que j’en étais inondé, comme par une mer. Et si quelque léger bruit, le cri d’un oiseau, la chute d’une pierre, venait troubler le silence, le son en était tout ensemble si exact, si pur, et si dense qu’il me paraissait n’en avoir jamais entendu de pareil.

Romano Guardini, Promesses, dans: Daniel-Ange, Les feux du désert, vol. 2 / Silences (Rémy Magermans, 1973)

image: Celerina/Grisons, Suisse (gemeinde-celerina.ch)

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