François Mauriac
La race de ceux pour qui la beauté vivante, à peine entrevue, est une douleur… Il y aurait dans cette folie de quoi susciter la foi en la beauté éternelle, immobile, immuable. Et c’est pourquoi je ne me fierais pas, pour croire en Vous, au désir que j’ai de Vous. Je ne croirais pas Vous avoir trouvé parce que je Vous cherche. Je ne me paie pas de mots sublimes. Je crois en Vous parce que Vous êtes venu à un moment de l’histoire, Dieu, et pourtant homme parmi les hommes, corps qui a pu être dévêtu, flagellé, couvert de crachats, poitrine qui a supporté le poids d’une tête, joue que les lèvres de Judas ont touchée.
Aucune soif n’a jamais créé de source. Aucune soif n’a fait jaillir l’eau du sable. Si Vous n’étiez venu, je Vous aurais cherché, mais je ne Vous aurais pas trouvé. Si, étant venu, Vous étiez sorti du monde, je ne connaîtrais pas cette paix ni ce silence qui distinguent, entre tous les jours, ceux où Vous me visitez. Si Vous ne faisiez en moi Votre demeure, je ferais le mal que j’aime.
François Mauriac, Souffrances et bonheur du chrétien (Grasset, 1931)



