Chemins de traverse – 1019 / Louis Aragon

Louis Aragon

Toutes les chambres de ma vie
M’auront étranglé de leurs murs
Ici les murmures s’éttoufent
Les cris se cassent

Celles où j’ai vécu seul
À grands pas vides
Celles
Qui gardaient leurs spectres anciens
Les chambres d´indifference

Les chambres de la fièvre et celle que
J´avais installée afin d´y froidement mourir
Le plaisir loué Les nuits étrangères

Il y a des chambres plus belles que blessures
Il y a des chambres que vous paraîtront banales
Il y a des chambres de supplications
Des chambres de lumière basse des
Chambres prêtes à tout sauf au bonheur
Il y a des chambres à jamais pour moi de mon sang
Éclaboussées

Toutes les chambres
vient que l’homme s’y écorche vif
Qu´il y tombe à genoux qu´il demande pitié
Qu´il balbutie et se renverse comme un verre
Et subit le supplice épouvantable du temps
Derviche lent le temps est rond qui tourne sur lui-même
Qui regarde d’un œil circulaire
L´écartèlement de son destin
Et le petit bruit d´angoisse avant les
Heures les demies
Je ne sais jamais si cela va sonner ma mort
Toutes les chambres son chambres de justice
Ici je connais ma mesure et le miroir
Ne me pardonne pas

Toutes les chambres quand enfin je m´endormis
Ont jeté sur moi la punition des rêves

Car je ne sais des deux le pis rêver ou vivre

Louis Aragon, Les chambres, dans: Oeuvres poétiques complètes, vol. 2 (Bibliothèque de la Pléiade/Gallimard, 2007)

image: Marina Zg (istockphoto.com/fr)

 

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