Morceaux choisis – 1294 / Thomas Merton

Thomas Merton 

Comment notre société, dans son amour de confort, a-t-elle perdu le sens de la valeur de la sincérité? La vie est devenue si facile que nous croyons pouvoir nous passer de cette qualité. Le menteur ne sent plus que ses mensonges peuvent l’amener à mourir d’inanition. Si la vie était un peu plus précaire et qu’un hypocrite soit moins bien reçu que les autres, nous ne nous tromperions nous-mêmes, ni les autres aussi facilement.

Mais l’univers entier a appris à bafouer et à ignorer la sincérité. La moitié du monde civilisé gagne sa vie en disant des mensonges. Les réclames, la propagande et toutes les autres formes de publicité qui ont pris la place de la vérité ont appris aux hommes qu’ils peuvent dire n’importe quelles choses vaguement plausibles capables de provoquer chez  les autres une quelconque émotion superficielle.

La sincérité devient impossible en un monde gouverné par une hypocrisie qu’il se croit assez intelligent pour dépister. Tout en prétendant mépriser la propagande, nous y tenons malgré tout et en arrivons finalement à ne plus pouvoir nous passer d’elle. Cette duplicité est l’un des signes les plus notoires d’un état de péché dans lequel l’être est l’esclave d’un amour qu’il sait coupable.

Thomas Merton, Nul n’est une île (Seuil, 1956)

image: https://www.communication-democratie.org/

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