Seigneur, apprends-nous à prier – 134

Pape Léon XIV

Seigneur, apprends-nous à prier – CXXXIV

Le cri de Jésus est précédé d’une question, l’une des plus déchirantes qui puissent être prononcées: Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? C’est le premier verset du Psaume 22, mais sur les lèvres de Jésus, il porte une gravité unique. Le Fils, qui a toujours vécu en communion intime avec le Père, fait maintenant l’expérience du silence, de l’absence, de l’abîme. Il ne s’agit pas d’une crise de foi, mais de la dernière étape d’un amour qui se donne jusqu’au bout. Le cri de Jésus n’est pas un cri de désespoir, mais de sincérité, de vérité poussée à l’extrême, de confiance qui résiste même lorsque tout fait silence.

A ce moment-là, le ciel s’assombrit et le voile du temple se déchire (cf. Mc 15, 33.38). C’est comme si la création elle-même participait à cette douleur et révélait en même temps quelque chose de nouveau: Dieu n’habite plus derrière un voile. Son visage est désormais pleinement visible dans le Crucifié. C’est là, dans cet homme déchiré, que se manifeste le plus grand amour. C’est là que nous pouvons reconnaître un Dieu qui ne reste pas distant, mais qui traverse jusqu’au bout notre douleur.

Nous avons l’habitude de considérer le cri comme quelque chose de désordonné, à réprimer. L’Evangile confère à notre cri une valeur immense en nous rappelant qu’il peut être une invocation, une protestation, un désir, un abandon. Il peut même être la forme extrême de la prière, lorsque nous n’avons plus de mots. Dans ce cri, Jésus a mis tout ce qui lui restait: tout son amour, toute son espérance, car il y a aussi cela dans ce cri une espérance qui ne se résigne pas. On crie quand on croit que quelqu’un peut encore entendre. On crie non par désespoir, mais par désir. Jésus n’a pas crié contre le Père, mais vers Lui. Même dans le silence, il était convaincu que le Père était là. Et ainsi, il nous a montré que notre espérance peut crier, même quand tout semble perdu. Apprenons cela du Seigneur Jésus: apprenons le cri de l’espérance lorsque vient l’heure de l’épreuve extrême, non pas pour blesser, mais pour nous confier; non pas pour hurler contre quelqu’un, mais pour ouvrir notre cœur.

Si notre cri est sincère, il peut être le seuil d’une nouvelle lumière, d’une nouvelle naissance. Comme pour Jésus: quand tout semblait fini, en réalité, le salut était sur le point de commencer. Si elle se manifeste avec la confiance et la liberté des enfants de Dieu, la voix souffrante de notre humanité unie à la voix du Christ peut devenir source d’espérance pour nous et pour ceux qui nous entourent.

Léon XIV, Catéchèse Jubilé 2025 – Jésus-Christ notre espérance / extraits (vatican.va)

image: Eglise Sainte Thérèse, Genève / Suisse (2014)

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