Morceaux choisis – 1304 / Charles Journet

Charles Journet

Le Christ est mort, l’Eglise naît, le monde est sauvé. La lumière du Ciel, enclose dans la Croix, commence maintenant de s’épancher dans l’Eglise pour illuminer ses joies et ses douleurs, ses défaites et ses victoires. C’est le Christ qui la garde ainsi. Elle est Son Epouse. La Croix, depuis qu’elle a été levée sur l’histoire, est devenue l’unique salut non seulement des personnes individuelles, qui sont immortelles, mais encore des civilisations, qui sont périssables.

L’humanité n’a-t-elle donc pas assez fait l’expérience du malheur? Faudra-t-il qu’elle soit encore submergée dans le sang et la folie? Faudra-t-il qu’elle touche le fond du désespoir pour lever de nouveau les yeux sur la Croix? Alors les renoncements chrétiens ne lui paraîtront plus injustifiés. Elle cherchera avant tout le Royaume de Dieu.

La Croix est plus un mystère de lumière qu’un mystère de souffrance. La souffrance n’est pas foncière, elle passera. La lumière est cachée dessous: par moments, elle traverse le voile de la douleur et irradie au dehors.

La lumière est foncière, elle durera toujours. Mais, en passant par la souffrance, elle se sera revêtue d’une étrange beauté, assumant en sa splendeur ce qu’il y a de dignité et de noblesse dans l’aventure de notre terre et de nos destinées humaines.

Notre détresse du moment présent est légère par rapport au poids vraiment incomparable de gloire éternelle qu’elle produit pour nous. Et notre regard ne s’attache pas à ce qui se voit, mais à ce qui ne se voit pas; ce qui se voit est provisoire, mais ce qui ne se voit pas est éternel (2 Cor. 4, 17-18).

Charles Journet, Les sept paroles du Christ en croix (Seuil, 1952)

image: El Greco, La Sainte Trinité / 1755-1778 (elgreco.net)

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