Morceaux choisis – 1306 / Frère Raffaele

Frère Raffaele

Il me semble que le passé et l’avenir se conjoignent et se concentrent dans cette heure de la chambre haute où Jésus préside et institue l’Eucharistie chrétienne. Oui, tout le passé, depuis la création et tout l’avenir, jusque dans l’éternité où Dieu nous attend, se concentrent dans ce sacrement de l’amour, dans ce repas d’action de grâce.

On peut dire que, d’une certaine manière, toute la création est symbolisée et résumée dans le pain et le vin que l’on pose sur l’autel pour l’Eucharistie: le solide et le fluide, la stabilité et le dynamisme, le sérieux et le rire, le quotidien et la fête. C’est tout cela que Jésus reprend pour se donner à nous. Le pain et le vin, en eux-mêmes déjà, ont pour nous toute une réalité et un sens particuliers hors du commun. Et Jésus les emmène jusqu’à la plénitude de cette réalité et de ce sens: Il en fait Son corps et Son sang. Voilà pour le passé.

L’avenir maintenant. Quand Il institue l’Eucharistie, Jésus pose un acte prophétique à la lumière duquel nous devons interpréter les événements qui en seront l’avenir immédiat: la Passion, la Croix. Ils ont tout l’air d’une défaite totale, d’un échec absolu. Non, nous dit l’Institution de l’Eucharistie  – comme d’ailleurs le lavement des pieds – ; ils sont la conséquence de la venue du Seigneur comme serviteur. Il a commencé par donner tout Son temps, Sa parole, Sa miséricorde dans les guérisons et les autres miracles. Et, maintenant, Il se donne Lui-même jusqu’au bout. Non, on ne Lui prend pas sa vie. Malgré les apparences, Il l’offre. Il la perd, certes, mais pour gagner le monde entier, et chacun de nous, au salut; et pour en faire l’offrande à Son Père. Il se fait ainsi, au sens le plus absolu, le pain qui fortifie le cœur de l’homme et le vin qui réjouit le cœur de l’homme. 

Depuis, il y a toutes ces Eucharisties, par milliers et milliers au long des jours, des mois, des années, des siècles, des millénaires, où l’Eglise qui les célèbre se recrée sans cesse. Mais est-il juste de parler des Eucharisties au pluriel? N’y a-t-il pas, au fond, une seule Eucharistie? Oui, celle que nous commémorons en ce jour. Celle que préside Jésus. Chaque fois que nous la célébrons, l’Esprit Saint, qui se joue de l’espace et du temps, nous rend comme contemporains des apôtres et nous donne place parmi eux dans la chambre haute.

Au cours de ce repas, Jésus a dit, à un moment donné: Je ne boirai plus de ce fruit de la vigne jusqu’à ce que je le boive nouveau dans le Royaume de mon Père. C’est là une sorte de vœu de Sa part, qui nous projette jusque dans l’avenir définitif: ce repas de fête avec Dieu où Jésus promet de nous faire asseoir à Sa table et de nous servir Lui-même.

Frère Raffaele, Homélie pour le Jeudi Saint / extraits (abbaye-tamie.com)

image: Abbaye Notre-Dame de Tamié (discogs.com)

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