Chemins de traverse – 1038 / Gerard Manley Hopkins

Gerard Manley Hopkins

C’est affreux à dire, mais, en un sens, je suis communiste. Leur idéal, à quelques réserves près, est plus noble que celui d’aucun des hommes d’Etat séculiers que je connaisse. En outre, il est juste. Je ne veux pas dire que les moyens d’y atteindre le soient aussi. Mais c’est chose atroce pour la fraction la plus nombreuse et la plus nécessaire d’une nation très riche que de mener une vie pénible, sans dignité, sans connaissances, sans confort, sans plaisir, sans espoir, au milieu de l’abondance: une abondance dont ils sont les artisans. Ils professent que la vieille civilisation et le vieil ordre doivent être détruits, quand bien même ils devraient pour cela tout dilapider et tout brûler. C’est là une perspective terrible, mais qu’est-ce que la vieille civilisation a fait pour eux? Telle qu’elle apparaît aujourd’hui en Angleterre, elle est elle-même fondée dans une grande mesure sur la dilapidation. Cependant ils n’ont eu en partage aucune des dépouilles, ils n’ont jamais fait qu’en souffrir préjudice. L’Angleterre est devenue immensément riche, mais cette richesse n’a pas atteint les classes ouvrières; je crois qu’elle a rendu leur condition pire.

Gerard Manley Hopkins, Lettre du 2 août 1871, dans: Poèmes et proses – édition bilingue (coll. Points/Seuil, 2007)

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