Morceaux choisis – 1371 / Michel-Marie Zanotti-Sorkine

Michel-Marie Zanotti-Sorkine

L’Eglise n’est pas un tribunal humain. Elle est une famille chargée de vivre de l’esprit de la Rédemption, offert à tous, donc aux justes comme aux coupables pour lesquels le sang du Christ a été versé en larmes de pardon, aujourd’hui asséchées sous l’extrême prudence.

Allez-vous m’en vouloir d’écrire avec l’autorité du Christ, que si le coeur du coupable est appelé au repentir, celui de la victime est appelé au pardon? Que la chose soit difficile à obtenir n’est pas une raison pour ne pas l’espérer! Malheureusement, en ce moment, dans les murs de notre Institution, pourtant d’origine divine, on ne parle plus que de justice, de mises à l’écart, de renvois, sans doute à proportion du silence effrayant qui, reconnaîssons-le, résonna trop longtemps dans ses murs et sans écho. 

Si, par le passé, les yeux fixés sur l’ignoble profana l’Evangile et insulta le Christ, aujourd’hui, la volonté d’exterminer les coupables, tous jugés monstrueux et mis dans le même sac poubelle (qu’ils soient accusés de faits concernant des enfants ou des adultes), abandonnés aux injures de la foule, ne peut en aucun cas satisfaire Celui qui est venu dans le monde avec en main le sceptre du pardon, plus cicatrisant que tous les coups de lanière déchiquetant la peau et le coeur. Or, c’est ce dernier qu’il faut atteindre et faire saigner de repentir!

Ah! si tous les serviteurs de Dieu pouvaient penser, mieux, vibrer à la manière d’un abbé Huvelin, confesseur-sauveteur de Charles de Foucauld qui un jour s’écria: Je ne puis regarder personne sans désirer donner l’absolution. mon Dieu, que l’amour divin envahirait le monde! Et comment ne pas songer ici à l’abbé Mugnier qui après avoir entendu une horrible confession, jaillit de  son confessionnal pour embrasser son pénitent et lui dire: Pardonner, ce n’est pas assez: il faut encore aimer! 

Avons-nous conscience qu’en taisant l’appel au pardon, au nom de la défense des victimes – ce qui est le comble – nous entrons en rébellion avec le Christ qui, Lui, nous demande expressément d’inviter les êtres anéantis par le mal à pardonner s’il le faut, soixante-dix-sept fois sept fois (Mt 18, 22), c’est-à-dire toujours? Seule cette folie, se confondant, ici avec des pleurs assortis d’un pardon reçu et accordé, peut ouvrir un chemin à la paix de l’âme.

Michel-Marie Zanotti-Sorkine, On n’est jamais trahi que par les siens / extraits (Téqui, 2026)

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