Morceaux choisis – 1378 / Abbaye de la Fille-Dieu

Père Benoît-Marie

Dieu nous aime, et plus l’amour offert est beau, absolu, infini, plus il appelle une réponse absolue, totale, quasiment infinie. Or la créature intelligente, même appuyée par la grâce, est incapable d’offrir à l’amour une réponse digne de Lui. Et quand cette impossibilité devient consciente, ça nous plonge dans une sorte de détresse: comment pourrait-on répondre?

C’est là que se révèle la Miséricorde, en face de notre misère radicale et impuissante. Dieu ne peut pas nous le reprocher, évidemment, mais Il ne peut pas non plus renoncer à cette réponse qu’il convoite: s’Il y renonçait, ce serait trahir Son amour, donner seulement un petit bonheur et attendre en retour un petit amour. Il ne peut donc dispenser Sa créature, même innocente, de connaître cette détresse, puisque c’est à cette détresse qu’Il offre le remède merveilleux et insoupçonnable qui s’appelle le Salut.

Il nous faut accepter d’offrir en Lui et par Lui cette réponse infiniment pauvre, mais infiniment juste que nous ne pouvons pas offrir par nous-mêmes. C’est sans doute pour cela que les riches ont tant de peine à entrer dans le Royaume, mais il s’agit d’une autre pauvreté qu’économique. C’est pourquoi l’obstacle principal est l’orgueil de croire que malgré tout on peut s’en tirer comme des grands. Dieu voit dans une lucidité infinie l’impuissance foncière de la créature à supporter Sa lumière et à répondre à Son amour. Mais la Miséricorde communie à toutes les détresses du cœur humain. Entre les pécheurs qui s’endorment dans leur indifférence, qui ne s’inquiètent de rien parce que Dieu leur est indifférent et les saints qui ne s’inquiètent eux non plus de rien, parce qu’ils se savent en sécurité, il y a le grand nombre de ceux qui essaient d’aimer Dieu, qui veulent la vie éternelle, mais ne comprennent pas pourquoi c’est si dur, pourquoi le Christ a tant souffert et pourquoi nous devons souffrir avec Lui.

C’est pourquoi il nous invite à Le suivre, sinon, on reste attaché à toutes les autres richesses et on s’en va tout triste. Dieu a mal à notre cœur chaque fois que par notre faute nous perdons le bonheur trinitaire, et Il exulte de joie quand nous le retrouvons. Il frémit de compassion au spectacle de notre malheur. Le Père se complaît en Son Fils Jésus, Il aime plus que tout au monde ce Visage qui assume dans une solidarité charnelle la détresse de l’Innocent plongé dans le péché qu’Il n’a pas commis.

Il répond en notre nom parfaitement à l’amour offert, et communique à tous ses frères le pouvoir de répondre parfaitement avec Lui. Suivons-Le donc, jusqu’au bout, en offrant avec Lui notre faiblesse sans désirer autre chose.

Abbaye de la Fille-Dieu, Homélie du 10 octobre / extraits – 2021 (fille-dieu.ch)

image: Abbaye de la Fille-Dieu, Romont / Canton de Fribourg, Suisse (komoot.com) 

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