Dom Victor
Cet amour aux cent visages, c’est nous aujourd’hui ou mieux encore une foule immense que nul ne peut dénombrer: de toutes nations, races, peuples et langues. Oui, unis à tous les saints du ciel nous faisons une seule assemblée où chacun est un reflet de l’amour infini du Père.
La fête d’aujourd’hui est une fête d’espérance qui repose sur la foi ou confiance en cet amour de Dieu Père. Et pour qui est fils dans le Fils unique, le Salut est assuré. C’est cette foi, cette espérance qui nous rend purs. Le regard fixé vers cette gloire qui nous est promise, notre désir nous fait y tendre de tout notre être et nous libère de tout attachement égoïste, fait grandir en nous une attitude de don. Savoir à quoi on est appelé, y croire et en vivre, nous fait devenir de plus en plus fils. Et de savoir, grâce à l’Eglise, que tant d’hommes et de femmes dont on connaît les noms, que l’on a peut-être rencontrés de leur vivant, sont déjà dans cette gloire renforce notre espérance.
Quand vous sentez-vous pleinement heureux, d’un bonheur qui apaise l’âme et donne le goût de vivre? Est-ce le jour où vous constatez que votre compte bancaire est bien alimenté? Ne serait-ce pas plutôt lorsque, face à l’immensité de la mer, devant un paysage de montagne ou en regardant le ciel étoilé, vous goûtez la joie simple de vivre. Sans rien posséder, vous vous sentez riches de toute cette beauté, de cette immensité. L’univers entier semble vous appartenir, n’exister que pour vous. Vous goûtez, sans le savoir, une présence mystérieuse, infinie. Vous vivez alors cette béatitude: Heureux les pauvres!
Ou bien ressentez-vous de la joie lorsque vous êtes parvenus à imposer votre point de vue, à dominer les autres par la force ou la ruse? Notre coeur ne se réjouit-il pas plutôt lorsque nous avons cédé pour faire plaisir à l’autre, que nous avons renoncé à nous-mêmes pour la joie de l’autre? Heureux les doux! Quelle paix dans le coeur lorsque vous avez réagi avec courage devant une injustice: Heureux ceux qui ont faim et soif de justice! Quel beau jour que celui où vous avez réussi à réconcilier les membres de votre famille, à créer un climat de paix au travail et autour de vous! Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils, fils de Dieu!
Mais peut-on être heureux lorsqu’on est persécuté, lorsqu’on dit toute sorte de mal contre nous? Nous savons tous que les moments de vrai bonheur sont ceux où l’on s’est senti aimé et reconnu, le jour où nous avons rencontré un amour qui nous fait vivre, qui nous libère. Une telle expérience nous sort de notre égoïsme. Forts de cet amour rencontré et accepté nous sommes comme poussés au don de nous-mêmes, au désir d’aimer à notre tour, de faire partager à d’autres un peu de ce bonheur et de cette joie qui nous habite. Là réside le vrai bonheur d’une vie. Or, ne pas répondre à l’injure ou à la violence par de la haine, de la vengeance, n’est-ce pas la façon ultime de permettre à l’autre de découvrir qu’il est aimé? Ami, c’est par un baiser que tu livres le Fils de l’homme? Oui, heureux ceux qui sont persécutés pour la justice!
Tous ces hommes, ces femmes, ces enfants aussi que nous fêtons aujourd’hui, ont vécu jusque dans leur chair cette charte du Royaume. Ils ont vécu la pauvreté, la douceur, la miséricorde, la soif de justice; ils sont demeurés jusque dans leur mort des artisans de paix, des témoins du pardon et de l’amour gratuit, de l’amour des ennemis. Ils sont bienheureux parce qu’ils sont pour nous et notre monde des reflets de Dieu. Dieu, personne ne l’a jamais vu mais, comme Jésus, ces témoins nous L’ont révélé, nous L’ont manifesté, Lui ont donné visage humain. Forts de la grâce de Dieu qui soutient notre foi, notre espérance et notre amour, faisons de même! Là est le secret du vrai bonheur!
Dom Victor, Homélie pour la solennité de la Toussaint, extraits / 2006 (abbaye-tamie.com)
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