L’écharde dans la chair – 11

L’écharde dans la chair – 11

L’écharde dans la chair – 11

Jean-François Noel

Eloge de la sainteté ordinaire – XI

Le moindre bien profite à tous et fait monter d’un cran l’humanité tout entière, de même que le moindre mal fait chuter tout le monde. Le bien que je fais ne me revient pas de suite. Il est d’abord distribué. Mais pour que ce bien reste un bien, il faut que ma main droite ignore ce que fait ma main gauche, et c’est ainsi que ce bien peut entrer dans la grande (anti-) banque des demandeurs anonymes de grâce et envoyé à son destinataire. Voilà le geste précis de la charité, geste qui, contrairement à certains préjugés, est à la portée de tous.

Il est vrai qu’un tel geste relève de patients exercices. Certains violonistes trouvent d’emblée la bonne posture du corps et du bras, mais talentueux ou pas, aucun ne sera vraiment dispensé des exercices d’entraînement… Ainsi en va-t-il des saints. Leur violon, c’est leur corps, leur pensée, et l’effet, la musique. C’est la charité. Elle s’échappe de celui même qui vient de les créer, pour ravir les oreilles de ceux qui l’écoutent. A peine émises, ces notes ne lui appartiennent plus. Comme la musique, l’acte de charité a commencé son voyage, réveillant çà et là des coeurs gourds et endormis, qui n’attendaient que cette gratuité pour se mettre en route à leur tour.

Leur sainteté n’appartient à personne en propre et encore moins à celui qui en est la cause. Elle est ce bien commun que chacun d’entre nous est invité à sa mesure à enrichir.

Jean-François Noel, L’écharde dans la chair – Eloge de la sainteté ordinaire (Desclée de Brouwer, 2011)

image: Duccio di Buoninsegna, La transfiguration (nationalgallery.org.uk)

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