L’écharde dans la chair – 8

L’écharde dans la chair – 8

L’écharde dans la chair – 8

Jean-François Noel

Eloge de la sainteté ordinaire – VIII

Le saint s’attend à une visite. Cette visite, il le pressent, va lever le voile qui recouvre pudiquement la sollicitude de Dieu. Contre toute attente, Dieu s’informe et réordonne, sans rien modifier de ce qu’Il a créé. Le saint voit Dieu en transparence de toute chose. Il Le devine, par intuition, d’autant plus forte qu’elle est gratuite. Intuition qui s’impose comme l’irruption d’un premier éclat qui pourrait le conduire à la lumière même.

Il regarde à travers l’autre et il entend la source qui l’anime. Peu importe la manière dont il va s’y prendre, l’important est de ne pas perdre la trace. Il n’attend pas d’en être digne pour oser Dieu. Il s’y élance avec tout ce qu’il est. Peu importe le bruit que feront ses béquilles, et la rougeur de ses blessures, il y va… sans tarder. Il est bien plus crucial pour lui de suivre à la trace le vrai désir qui le ramène à Dieu, que de perdre son temps à le purifier de toutes les scories qui ne cessent de l’encombrer. Mieux vaut cette première réponse bancale qu’une autre, qui à force d’être fignolée, ne verra jamais le jour. Mieux vaut cet amour imparfait, laborieux et maladroit qu’un amour qui, à vouloir être trop parfait, risque de plus satisfaire l’orgueil que Dieu Lui-même.

La confusion souvent nous embarrasse, nous les catholiques, qui recourrons au sacrement de réconciliation. Nous sommes toujours plus enclins à chercher un endroit, ou quelqu’un pour confesser les saletés – la fameuse écharde – qui, le croyons-nous, ont terni notre image, que de confesser ces infâmes fautes de charité trop tiède qui ne défrayent pas la chronique de notre narcissisme. C’est la vraie sagesse de l’Eglise qui sait qu’il faut passer par un autre (le confesseur, l’accompagnateur) pour aller de l’aveu de nos souillures à la confession de nos manques d’amour.

Défaits de leurs soucis de soi mais non débarrassés de leurs imperfections, les saints, pour autant, ont accepté d’eux-mêmes ces réponses maladroites, chaque maladresse devenant une nouvelle occasion de se remettre au labeur du chemin désiré. Mendiants du désir de Dieu, c’est à ce titre qu’ils nous invitent à cette même audace lumineuse. Rien d’héroïque, l’invitation à rester fidèle à ce qui est inscrit au fond de nous.

Jean-François Noel, L’écharde dans la chair – Eloge de la sainteté ordinaire (Desclée de Brouwer, 2011)

image: Duccio di Buoninsegna, La transfiguration (nationalgallery.org.uk)

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