Jésus-Christ ou rien – 52

Jésus-Christ ou rien – 52

Jésus-Christ ou rien – 52

Jésus-Christ ou rien – LII

Bernard Bro

C’est bien à tout le contraire d’une aristocratie, d’une classe supérieure, d’une élite que s’adressent les sacrements. C’est justement parce que nous sommes pauvres et démunis qu’ils sont les sacrements du Dieu chrétien. Oui, j’ai le droit de vous dire: dans chacune de vos existences il y a, même si vous n’osez pas le penser, une dimension inouïe, surnaturelle, n’ayons pas peur du mot: une dimension mystique, celle de la présence de la Gloire de Dieu. Aucun de nous n’en sera jamais digne, mais c’est elle qui malgré nous peut-être donne à tout le reste sa beauté et sa dignité. Ce n’est pas le moindre paradoxe des sacrements.

Ils nous jugent, oui, mais en nous proposant la patience de Dieu. C’est le temps de la patience, certes, mais celui de la patience de Jésus. Ce temps où la miséricorde propose sa lumière au lieu de l’imposer. Mais cet acte nous juge, par lequel nous accueillons ou esquivons: il nous juge aussi implacablement qu’au dernier jour. Mais c’est le génie des sacrements: ce jugement, tant que nous sommes sur cette terre, n’est pas définitif, justement parce que nous sommes sous le régime de la patience de l’Amour miséricordieux; parce que nous sommes dans le temps où l’amour miséricordieux est avant tout soucieux, dans sa discrétion, de ne pas nous heurter.

Alors, au fur et à mesure que nous ouvrons la porte, sa lumière se fait plus puissante et plus déchirante, autrement dit de plus en plus impatiente. Mais d’une impatience mesurée par notre consentement même: Voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi. (Ap 3, 20)

Bernard Bro, Devenir Dieu / extraits (Cerf, 1978)

image: Pericle Fazzini, La Résurrection – Salle d’audience Paul VI, Vatican (bestglitz.com)

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