Morceaux choisis – 1349 / Claudio Montale

Claudio Montale

Quand nous pensons aux tentations, spontanément nous vient à l’esprit ce trio incontournable de tout bon roman policier : l’argent, le sexe et le pouvoir. Facile me direz-vous, de se savoir détaché de ses finances, peu concerné par la concupiscence, ni enclin à des ambitions sans limite, bref : enracinés dans l’Evangile. A priori un sans-faute qui, pourtant, peut nous faire basculer, malgré tout et avec une infinité de nuances dans cette autre tentation subtile: celle de l’innocence ou, autrement dit, de l’angélisme.

Une première ombre sur ce tableau idyllique: Si nous accomplissons une action charitable, c’est à l’évidence très bien. Le Christ par ailleurs nous ouvre la voie: Vous avez reçu gratuitement : donnez gratuitement (Mt 10,8). Mais en ce qui nous concerne, quelle raison nous pousse à laisser libre cours à cette générosité? N’est-ce pas, parfois, par présomption? J’ai besoin d’être reconnu par mes pairs. Par duplicité? Je prends de l’ascendant sur les autres. Par orgueil? Mon savoir et mon intelligence ne peuvent en faire moins. Voire, le plus fréquemment, par besoin … d’amour et de reconnaissance. Donc, rares sont nos actions totalement désintéressées à travers une foule de circonstances qui, à des degrés divers – si nous avons l’honnêteté de nous y confronter – sont peu ou prou éloignées des exigences évangéliques!

Sainte Thérèse d’Avila, toujours clairvoyante devant les travers humains – les siens inclus -, nous remet en chemin, sans jugement de valeur, mais en soulignant la juste mesure de nos comportements: Celui qui est véritablement humble, doute toujours de ses propres vertus ; il lui semble même que celles qu’il découvre dans le prochain sont plus solides et plus profondes que les siennes (Le chemin de perfection).

Un autre voile peut altérer notre tableau: Chaque jour, nous sommes confrontés à des actualités douloureuses qui secouent notre planète et nous laissent impuissants et démunis. Les dommages collatéraux des territoires en guerre, la misère ou les catastrophes naturelles peuvent nous dégager de toute responsabilité. Le diable se cachant dans les détails, cette autre tentation de l’innocence n’est-elle pas, là aussi, mise à mal? Abdiquer – donc pécher contre l’espérance – cela résonne-t-il comme très chrétien?

Pour conclure, sur cette même tentation, figure à une bonne place sur l’échelle pernicieuse de l’innocence, la banalisation des biens quotidiens reçus de Dieu et des autres. Saint Bernard de Clairvaux a bien saisi cette ingratitude humaine, présente dans nos milieux professionnels, en famille ou en balade, et même… dans nos paroisses: Nous en voyons bien de nos jours un certain nombre qui demandent à Dieu, avec assez d’instance, ce qui leur manque, mais on n’en voit qu’un bien petit nombre qui semblent reconnaissants des bienfaits qu’ils ont reçus (Contre le vice détestable de l’ingratitude).

Décourageants, ces aveux de faiblesse? Si peu en vérité… Croyants, nous ressemblons à une icône dont le Christ miséricordieux, patiemment et avec joie, corrige sans se lasser les imperfections, pour autant que Son Esprit nous habite et que nous Lui faisions confiance!

Claudio Montale, La tentation de l’innocence (presse.saint-augustin.ch)

image: Les tentations du Christ, Cathédrale Notre-Dame, Grenoble (aularge.eu)

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