Thomas Merton
Pour aimer sincèrement et simplement, nous devons avant tout vaincre la peur de n’être pas aimés, ce qui ne peut se faire en nous forçant à croire que nous sommes aimés alors que nous ne le sommes pas. Il nous faut nous dépouiller des plus grandes illusions que nous faisons sur nous, reconnaître franchement nos imperfections, descendre au fond de notre être jusqu’à la réalité qui s’y trouve et apprendre qu’après tout et malgré tout nous sommes aimables!
Travail difficile, qui demande toute une vie d’humilité sincère. Mais tôt ou tard nous devons distinguer entre ce que nous ne sommes pas et ce que nous sommes, accepter de n’être pas ce que nous voudrions être.
Le premier pas dans la voie de la sincérité consiste à reconnaître que malgré notre insignifiance, nous avons une grande valeur virtuelle, puisque nous pouvons espérer être aimés de Dieu. Il ne nous aime pas parce que nous sommes bons; nous devenons bons quand et parce qu’Il nous aime. Si nous recevons cet amour avec simplicité, nous n’aurons plus à nous soucier de la sincérité de notre amour pour les autres. Forts de la confiance d’être aimés de Lui, nous ne nous inquiéterons pas trop de n’être pas sûrs d’être aimés des autres.
Celui qui n’a pas peur de reconnaître tout ce qui ne va pas en lui, et qui se sent l’objet de l’amour de Dieu précisément à cause de ses défauts, commence à être sincère. Sa sincérité est fondée sur la confiance qu’il place non en des illusions qu’il se fait sur lui, mais en l’infinie et inépuisable miséricorde de Dieu.
Thomas Merton, Nul n’est une île (Seuil, 1956)
image: Carnaval de Venise / Italie (sunshine-magnolia.centerblog.net)



