Morceaux choisis – 1283 / Laurent de Trogoff

Laurent de Trogoff

Nous fêtons aujourd’hui une rencontre annuelle entre un homme, Benoît de Nursie, et sa sœur Scholastique. Tout ce que nous savons de cette femme qui orne ce jour, tient dans un épisode de la vie de Benoît, épisode narré par le pape saint Grégoire le Grand. Et cet épisode se caractérise par une rencontre, une rencontre prévue, préméditée, sans doute même préparée et attendue. Une vie n’est-elle pas un tissage de rencontres? Arrêtons-nous un peu sur cette rencontre-là.

Benoît et Scholastique vivent chacun une vie séparée du monde et bien séparée, orientée respectivement vers la recherche de Dieu dans le silence et le retrait du monde. Ainsi, la rencontre de ce jour n’a absolument rien de régulier quelque soit le sens que l’on veuille donner à ce mot. Mais alors est-ce que des liens familiaux pourraient expliquer sinon justifier cette rencontre? L’Evangile qui est au cœur de la vie de ceux qui mènent une authentique recherche de Dieu – tels Benoît et Scholastique – demande que l’on renonce à tout pour le Christ: père, mère, frère, sœur, ainsi qu’à toute sorte de possession, y compris la possession de soi-même. Tout, donc, y compris les liens du sang. Mais alors comment placer cette rencontre dans le cadre de ces deux vies données à Dieu? S’agirait-il d’un élan d’humanité, ou bien peut-être encore d’une exception? Benoît ne manque certainement pas d’humanité comme en témoigne l’incroyable délicatesse et le discernement remarquable dont il fait preuve dans toute sa Règle.

Cette rencontre est donc l’histoire d’un partage de séductions divines. Une rencontre entre deux âmes qui s’échangent les élans vécus avec Dieu, élans à la fois reçus dans la contemplation et l’abandon, et à la fois humblement adressés à ce même Dieu. Leur cœur ne faisant pas d’obstacle aux largesses divines, ils ont été comblés de la douceur de Dieu, comme le figure cette curiosité inimaginable aux yeux du monde. Pour le dire en peu de mots: ils connaissent désormais Dieu par le cœur. C’est cela qu’ils viennent se partager chaque année. Et cela déborde tant qu’un jour le temps semble avoir eu raison de ces entretiens. Ce jour-là, Benoît apprendra quelque chose de sa petite sœur. Et cela l’a tellement marqué qu’on peut en trouver des traces bien concrètes dans la Règle qu’il nous a laissée. De quoi s’agit-il? C’est tout simplement qu’il faut apprendre à composer avec Dieu, avec les hommes, et aussi bien entendu, avec les femmes, à l’image de Dieu lui-même qui compose sans cesse avec chacun d’entre nous.

Puisse ce bel exemple de partage fraternel et d’adaptation à une situation non prévue et même contrariante, nous guider, avec l’aide de la Vierge Marie, dans notre vie quotidienne à la rencontre du Christ.

Laurent de Trogoff, Homélie pour la solennité de Ste Scholastique / extraits (kergonan.org)

image: Sainte Scholastique (famillechretienne.fr)

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