Ce phare obscur caché dans la pénombre – 16

Ce phare obscur caché dans la pénombre – XVI

Raphaël Engel

Et si la ZAD – une zone à défendre – était ce point de rendez-vous avec Dieu que nous pouvons, chacun de nous, ressentir face à l’autre? Ce dialogue intime que nous menons avec notre propre humanité et avec celle de notre vis-à-vis? Les moines parlent de dialogue avec plus grand qu’eux, en eux et dans l’autre; avec le Christ, cet ami plus proche de moi que moi-même, comme le dit le père abbé.

J’ai pu, dans le passé, penser la ville comme une nuit où l’humain s’efface. Un non-endroit où les liens sont éteints. Je craignais de me retrouver seul dans ce désert après les lumières de l’oasis abbatiale. Et voilà qu’au milieu du flot des passants, au coeur de ma ville, je perçois comme une lueur. Des lucioles dans la nuit, il y en a des milliers! Ici aussi des gestes font surgir l’humanité. Dans les rues de mon quartier, je réalise combien chacun d’entre nous, à sa manière, vit son point de rencontre avec Dieu! Lorsque par exemple, deux intériorités se reconnaissent et se donnent à voir.

C’est cela, la ZAD. Nous luttons tous pour la maintenir, j’en suis persuadé. Je suis une ZAD ambulante. Je porte en moi une part d’humanité qui peut réconforter, aimer, laisser vivre. Reconnaître le coeur humble et fragile chez l’inconnu aussi, par un geste, un sourire, un silence, une parole. Le reconnaître aussi chez toi, qui partages ma demeure au quotidien… Cette zone à défendre est fragile, humble et déterminante, comme le Christ.

L’humilité des moines m’a montré la voie. Ce chemin entre la tête et le coeur semblait parfois si long. Il est court. Il ne lui faut que laisser poindre la lueur de l’aube.

(fin)

Raphaël Engel, Rencontres au coeur du silence (Cabédita, 2023)

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